Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 06:12

Intégrale Musset

 

CHANSON

 

J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :

N’est-ce point assez d’aimer sa maîtresse ?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,

C’est perdre en désirs le temps du bonheur ?

 

Il m’a répondu : Ce n’est point assez,

Ce n’est point assez d’aimer sa maîtresse ;

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse

Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

 

J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :

N’est-ce point assez de tant de tristesse ?

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,

C’est à chaque pas trouver la douleur ?

 

Il m’a répondu : Ce n’est point assez,

Ce n’est point assez de tant de tristesse ;

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse

Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

 

1831.

 

Alfred de Musset (1810-1857)

(Premières Poésies)

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : les fous de lecture
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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /Juin /2010 11:15

Agnès Humbert Notre guerre

 

« Paris, le 7 août 1940.

 

J’avais vu au début de juin, à la devanture d’une librairie avenue Kleber, un nouvel ouvrage de Stefan Zweig, Spinoza. J’ai couru l’acheter aujourd’hui. Le livre n’est pas en devanture, et la libraire me confie qu’elle n’a plus le droit de le vendre. Devant mon insistance, elle finit par m’avouer que les volumes de Zweig sont rangés dans son arrière-boutique et, après m’avoir fait promettre la discrétion, elle consent enfin à m’en céder un exemplaire. Il paraît que la liste des livres prohibés est déjà dressée, et que ces livres seront détruits. »

 

Je me félicite – et, à l’occasion des soixante-dix ans de l’appel du 18 juin, cette lecture est très éclairante – de la réédition en collection de poche de Notre guerre [*] d’Agnès Humbert, un « classique » parmi les témoignages sur la Résistance.

 

Paru dès 1946 chez Émile-Paul [**], ce livre n’a été réédité qu’en 2004 chez Tallandier alors qu’il donne les souvenirs de guerre d’une femme qui fut une des premières résistantes françaises.

 

En effet, Agnès Humbert (1896-1963), historienne d’art et spécialiste des traditions populaires (et par ailleurs la mère de Pierre Sabbagh, futur célèbre présentateur de télévision) participa, dès les premiers jours d’août 1940, à ce qui allait devenir le réseau du musée de l’Homme avec Boris Vildé, Anatole Lewitski et Yvonne Oddon ainsi qu’à la publication du journal Résistance avec Jean Cassou, Marcel Abraham, Claude Aveline ou Pierre Brossolette.

 

Arrêtée en avril 1941, Agnès Humbert croise avant son exécution Honoré d’Estienne d’Orves (appelé « Jean-Pierre ») à la prison du Cherche-Midi. Transférée ensuite à la Santé puis à Fresnes (les hommes du réseau seront fusillés le 23 février 1942 au Mont-Valérien), elle sera déportée en Allemagne dans différents camps de travail et ne rentrera en France qu’en 1945…

 

Lisant ce remarquable témoignage, je me suis arrêté en cours de route, pour y revenir ici, sur le passage parlant d’un livre de Stefan Zweig sur Spinoza.

 

Ayant réétudié récemment (voir ce blog le 9 juin 2010) les œuvres de Stefan Zweig, je ne lui connaissais pas d’ouvrage consacré à Spinoza et, très vite, je me suis aperçu qu’Agnès Humbert faisait sans doute référence aux Pages immortelles de Spinoza, une anthologie parue chez Corrêa en 1940 et due en fait à Arnold Zweig (1887-1968), écrivain allemand que l’on confondait déjà à l’époque avec son homonyme et contemporain Stefan Zweig (1881-1942), pour sa part d’origine autrichienne et n’ayant aucun lien familial avec lui.

 

En revanche, dans la même collection, Stefan Zweig avait publié en 1939 Les Pages immortelles de Tolstoï, un livre qui, comme celui d’Arnold Zweig, figura sur la Liste Otto des Ouvrages retirés de la vente par les éditeurs ou interdits par les autorités allemandes de septembre 1940.

 

Autre « coïncidence », figurent également sur la Liste Otto de septembre 1940 deux autres titres des Pages immortelles des éditions Corrêa : Les Pages immortelles de Nietzsche par Heinrich Mann et celles de Schopenhauer par Thomas Mann, tous deux parus en 1939. (Heinrich Mann, beaucoup moins connu aujourd’hui, était le frère aîné de Thomas Mann.)

 

Autant qu’il semble, les Pages immortelles de Tolstoï, Nietzsche ou Schopenhauer, interdites ou retirées de la vente, n’ont jamais été refaites alors que, curieusement, les bibliographies (notamment BNF-Opale qui ignore totalement d’ailleurs l’ouvrage d’Arnold Zweig) signalent, en 1940, des Pages immortelles de Spinoza, « choisies et expliquées » par Gonzague Truc.

 

Ne disposant d’aucune de ces publications, je suis incapable de dire si le livre attribué – la même année sur le même sujet dans la même collection et chez le même éditeur – à Gonzague Truc (1877-1972), critique littéraire maurrassien dont on connaît surtout l’édition des Mémoires de Saint-Simon dans la Pléiade ou les travaux sur Racine, diffère de celui d’Arnold Zweig !

 

Michel Sender.

 

[*] Notre guerre (Journal de Résistance 1940-1945) d’Agnès Humbert, préface d’Antoine Sabbagh, éditions Points, Paris, mai 2010 ; 352 pages, 7,20 €.

 

[**] Pendant la guerre, les résistants du groupe, se réunissant chez l’éditeur du Grand Meaulnes, s’intitulaient eux-mêmes « Cercle Alain-Fournier ».

 

 Arnold Zweig Spinoza

 

Une photographie du livre d’Arnold Zweig, trouvée sur eBay (« édition originale du 15 mars 1940 »), comporte des « cachets de la bibliothèque de l’ambassade d’Allemagne de l’époque ». (Je n’ai pas trouvé de cliché du livre de Gonzague Truc.)

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 09:55

Baba-Yaga

« Il était une fois une fillette qui s’appelait Anoushka. Elle vivait seule avec son père, qui avait perdu sa femme. Après quelques années, le père d’Anoushka se remaria. Mais la marâtre était malintentionnée : elle maltraitait l’enfant et souhaitait secrètement s’en débarrasser. »

Dans ma série des contes populaires ayant eu beaucoup de succès auprès de ma fille (hier soir, elle en a exigé une seconde lecture !), voici une adaptation récente du conte russe La Baba-Yaga [*], parue chez Nathan, d’après Afanassiev.

Et en effet cette belle-mère a de bien mauvaises intentions : dès que son mari s’absente, ne voilà-t-il pas qu’elle veut envoyer l’enfant chez sa sœur, « la Baba-Yaga, une terrible sorcière mangeuse d’enfants » !

Mais Anoushka est une petite fille futée qui va suivre les conseils de sa tante, la sœur de sa vraie mère, qui lui explique :

« – Ma nièce, là-bas, quand le chat s’approchera de toi pour t’arracher les yeux, donne-lui un morceau de lard. Là-bas, quand le portail grincera pour donner l’alerte, verse quelques gouttes d’huile sur ses gonds. Là-bas, quand les chiens voudront te dévorer, jette leur un morceau de pain. Là-bas, quand le bouleau tentera de te fouetter les yeux, attache ses branches avec un ruban. »

« Anoushka embrassa sa tante, puis elle glissa du lard, du pain, de l’huile et un ruban dans ses poches, nous dit-on alors. Et, le cœur battant, elle se mit en route pour la demeure de la Baba-Yaga »

Je ne vous raconte pas la suite (que vous connaissez d’ailleurs peut-être) car il s’agit d’un suspense insoutenable mais finalement vainqueur où Anoushka aura respecté toutes les recommandations de sa tante et démasqué sa méchante belle-mère auprès de son père !

Et puis, il s’agit, comme le rappelle dans une courte postface Gaëlle Ame, d’un « conte-type » (tale type) de La fuite devant la sorcière (Flight from the Witch, numéro 313 H de la classification Aarne-Thompson des contes populaires) ou devant un ogre ou le diable, etc., en tout cas une succession haletante d’obstacles dépassés victorieusement…

Et ça marche toujours !

Michel Sender.

[*] La Baba-Yaga, conte russe illustré par Caroline Dall’Ava, postface de Gaëlle Ame, collection « Les petits cailloux du monde », éditions Nathan, Paris, mai 2010 ; 32 pages, 5 € (album relié-cartonné). www.nathan.fr

Sur l’illustratrice Caroline Dall’Ava, voir son blog http://riendanslarmoire.over-blog.net

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 09:54

Correspondance 1932-1942 de Stefan Zweig

« À Joseph Roth

[Londres, non datée ;

cachet de la poste : 30.10.1933]

 

Cher ami, nous nous sentons extraordinairement bien ici, j’ai pris un appartement agréable, je travaille en bibliothèque tous les matins jusqu’à trois heures puis chez moi ; les gens ici sont aimables et pleins d’égards, et le climat lui-même est propice au travail, vous vous sentiriez certainement bien mieux ici qu’à Paris ou dans votre solitude. Cela fait quatre semaines que je n’ai pas fumé, cela me fait beaucoup de bien, et je suis bien soulagé de ne pas avoir de nouvelles du pays. Sincèrement vôtre

Stefan Z.

            11, Portland Place »

 

En octobre 1933, Stefan Zweig est allé en Angleterre pour commencer à travailler (après le grand succès de son Marie-Antoinette et la publication d’Érasme) sur ce qui sera sa biographie de Marie Stuart et en même temps il est content d’avoir quitté l’Autriche (« Je quitterai Salzbourg cet automne. Il est impossible de vivre dans un milieu de haine, à deux pas de la frontière allemande », avait-il écrit en français à Romain Rolland le 10 juin) car la situation s’y est dégradée : les nazis brûlent ses livres, il est attaqué de toutes parts et bientôt sa maison va être perquisitionnée…

 

Nous sommes au cœur des dix dernières années de Stefan Zweig, du dernier volume (dû au remarquable travail de Knut Beck et Jeffrey B. Berlin) de sa Correspondance [*] qui couvre les années 1932-1942, années cruciales de la montée du nazisme, de son exil (sa décision sera définitive dès 1934) en Angleterre puis au Brésil, années aussi où il se séparera progressivement de sa femme Friderike avant d’épouser Lotte Altmann, une jeune femme qui était sa secrétaire à Londres et qui le suivra au Brésil où elle se suicidera avec lui, à Petrópolis, en février 1942.

 

Après Marie Stuart, Stefan Zweig qui, de toute façon, se déplace continuellement dans toute l’Europe, puis aux États-Unis et en Amérique latine, publie ensuite, dans le domaine biographique, Castellion contre Calvin puis Magellan et Amerigo (on sait qu’il travaille encore jusqu’à sa mort sur Montaigne et Balzac) et compose également des nouvelles (notamment Le Chandelier enterré et Le Joueur d’échecs) et un grand roman, La Pitié dangereuse [**], l’essai Brésil, terre d’avenir et son extraordinaire autobiographie, Le Monde d’hier

 

Et, durant cette période éprouvante et terrible, il continue de correspondre avec un grand nombre d’interlocuteurs ou d’amis (Sigmund Freud, Richard Strauss, Alma et Franz Werfel, Siegmund Warburg…), beaucoup d’écrivains (Romain Rolland, Jules Romains, Thomas Mann et son fils Klaus, Joseph Roth, Hermann Hesse, Max Brod, Felix Salten, Arnold Zweig, Hermann Broch, Antonina Vallentin, Ernst Weiss…) qu’il remercie de leurs livres ou entretient de ses projets, ses éditeurs (Anton Kippenberg puis Herbert Reichner) et traducteurs (Ben Huebsch aux États-Unis ou Lavinia Mazzucchetti en Italie) à qui il conseille ou recommande des ouvrages, etc.

 

Il essaye de se justifier, malgré son antifascisme évident, de son refus d’un engagement politique précis (cela vaut de grandes explications avec Klaus Mann ou Romain Rolland dont il se détachera petit à petit) et traverse des épreuves personnelles évidentes (son divorce, l’exil, la disparition d’amis très proches ou de sa mère) dont on trouvera le détail bien résumé dans la biographie de Dominique Bona, Stefan Zweig, l’ami blessé [***], opportunément rééditée chez Grasset.

 

La personnalité, le parcours et les livres de Stefan Zweig (1881-1942) continuent de susciter un énorme engouement et de multiples publications ou réimpressions qu’il m’est impossible de toutes citer – et les trois volumes de sa Correspondance, tous aujourd’hui disponibles au Livre de Poche et que l’on peut compléter de ses Journaux, sont absolument passionnants !

 

Michel Sender.

 

 Correspondance 1897-1919 de Stefan ZweigCorrespondance 1920-1931 de Stefan Zweig

 

[*] Correspondance 1932-1942 (Briefe 1932-1942, Fischer Verlag, Francfort, 2005) de Stefan Zweig, édition établie par Knut Beck et Jeffrey B. Berlin, traduite de l’allemand par Laure Bernardi (première publication : éditions Grasset, Paris, 2008), collection « Biblio roman », Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, avril 2010 ; 512 pages, 8 €. (Les deux précédents volumes, Correspondance 1897-1919 et Correspondance 1920-1931, ont été remis en vente.)  www.livredepoche.com

 

 Impatience du coeur (L') de Stefan Zweig

 

[**] Le roman La Pitié dangereuse ou L’Impatience du cœur (Ungeduld des Herzens, 1937) de Stefan Zweig est republié en édition courante chez Grasset, dans la traduction d’Alzir Hella révisée par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent pour « La Pochothèque » (Librairie Générale Française, Paris, 1991).  Voir www.grasset.fr

 

 Dominique Bona Stefan Zweig

 

[***] Stefan Zweig – L’ami blessé de Dominique Bona (première publication : éditions Plon, Paris, 1996), éditions Grasset, Paris, mai 2010 ; 464 pages, 20,90 €.

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : Diaspora Zorange
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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 07:09

Andrée Chedid Au coeur du coeur

 

Au cœur du cœur

 

Au cœur de l’espace

Le Chant

 

Au cœur du chant

Le Souffle

 

Au cœur du souffle

Le Silence

 

Au cœur du silence

L’Espoir

 

Au cœur de l’espoir

L’Autre

 

Au cœur de l’autre

L’Amour

 

Au cœur du cœur

Le Cœur

 

Rythmes

© Gallimard, 2003

J’avais manqué cette publication de poèmes d’Andrée Chedid, Au cœur du cœur [*], une anthologie réalisée pour la collection de poche « Librio » à l’occasion du Printemps des Poètes 2010 et des quatre-vingt-dix ans de l’auteure.

« Le poème apparaît souvent comme un éboulis de mots, dépourvus de sens pour l’œil non exercé », nous dit-elle par exemple : « La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe. »

Son petit-fils Matthieu Chedid et Jean-Pierre Siméon ont réalisé un choix de ses poèmes essentiellement à partir de recueils parus chez Flammarion (Textes pour un poème 1949-1970, Poèmes pour un texte 1970-1991, Par-delà les mots et Territoires du souffle) pour faire connaître et sentir l’œuvre poétique d’Andrée Chedid, « simple, proche, directe, ouverte à tous ».

C’est bien sûr une excellente initiative car la poésie d’Andrée Chedid se fait souvent chanson et demeure extrêmement accessible et humaine.

Michel Sender.

[*] Au cœur du cœur d’Andrée Chedid, poèmes choisis et préfacés par Matthieu Chedid et Jean-Pierre Siméon, collection « Librio », E.J.L., Paris, février 2010 ; 96 pages, 3 €. www.librio.net

 

Par Michel Sender - Publié dans : Littérature - Communauté : les fous de lecture
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