"Il était une fois l'inspecteur Chen" de Qiu Xiaolong

Publié le par Michel Sender

"Il était une fois l'inspecteur Chen" de Qiu Xiaolong

« Au début des années soixante-dix, Chen Cao attrapa une mauvaise grippe à l’école primaire. Son père, qualifié de “monstre noir”, faisait alors l’objet d’une “enquête isolée” à l’université où il avait enseigné et sa mère, affligée par l’ombre qui planait sur leur vie, devait travailler très dur au collège ; personne ne pouvait donc l’emmener à l’hôpital du quartier. Sa mère insista pourtant pour qu’il aille consulter le docteur Zhang, un des médecins les plus réputés de l’établissement. » [*]

 

Il était une fois l’inspecteur Chen (en italien Il Poliziotto di Shanghai) est parfois présenté comme la dixième (Chine, retiens ton souffle étant la onzième) enquête de l’inspecteur Chen, mais cela n’a pas d’importance car en fait Qiu Xiaolong remonte dans le temps et imagine les débuts de Chen Cao comme enquêteur et parce qu’il s’agit d’un livre hybride, mélange de souvenirs autobiographiques et de nouvelles se déroulant dans la Cité de la Poussière rouge, à Shanghai, comme toujours.

La « première enquête » s’insère dans cinq chapitres centraux d’un ouvrage précédés par trois évocations de « jeunesse » et suivis de récits « sur le terrain », après un long « préambule » rappelant le choc immense, qui revient en leitmotiv, de la Révolution culturelle chinoise, point de départ de la conscientisation de l’auteur et de son personnage, qui se confondent dans leurs intérêts et leur comportement.

On retrouve ici encore les études de Qiu Xiaolong sur T. S. Eliot, ses références continuelles à la poésie chinoise et aux romans classiques chinois, son amour de la lecture et de la littérature mondiale, son exploration permanente de la cuisine traditionnelle par le biais de multiples restaurants à spécialités régionales, sans crainte d’évoquer non plus la street food ou les KFC.

Il y ajoute des renvois à L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera ou à Roseanna de Maj Sjöwall et Per Wahlöö et se régale à citer de nombreux titres et romanciers à travers ses relations avec l’ami Lu, « Chinois d’outre-mer », à l’origine d’échanges et de prêts de « livres noirs » et de longs débats sur l’art et la gastronomie.

Il ressort de toutes ces expériences une immense empathie de Qiu Xiaolong envers les petites gens mais aussi une grande intelligence dans la description des différentes strates de la société chinoise.

C’est ce qui fait sa grande valeur d’écriture, à la fois simple et sophistiquée, alliant l’exigence et la transparence des grands écrivains. (On pense par exemple fortement aux regrettés Manuel Vázquez Montalbán et Henning Mankell).

 

Michel Sender.

 

[*] Il était une fois l’inspecteur Chen (Becoming Inspector Chen) de Qiu Xiaolong, traduit de l’anglais (États-Unis) par Adélaïde Pralon, éditions Liana Levi, Paris, octobre 2016 ; 240 p., 19 €.

Sur La Bonne Fortune de monsieur Ma, voir ce blog le 14 mars 2011.

Publié dans Littérature

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