L'Egypte de Robert Solé

Publié le par Michel Sender

L'Egypte de Robert Solé

« 13 mai 1916

Ce matin, à dix heures et demie et cinq, le sultan est venu au collège. J’ai récité devant lui “Le laboureur et ses enfants”. Il m’a félicité.

Pas un seul adjectif, pas la moindre fioriture. La plume de Michel Batrakani avait griffé le papier juste ce qu’il fallait, interdisant à cette encre violette un peu baveuse de se répandre en pleins et en déliés. Comme si toute émotion épistolaire était proscrite ce soir-là. Comme si l’importance de l’événement exigeait une précision d’entomologiste, un style de greffier. » [*]

 

J’avais lu cet été Le Sémaphore d’Alexandrie [**], un magnifique panorama sur l’Égypte au temps de la construction du canal de Suez, puis je suis tombé récemment sur une édition du Tarbouche, à l’époque le premier roman de Robert Solé, journaliste au Monde et qui inaugurait en fait tout un cycle.

De la même façon que Le Sémaphore d’Alexandrie (un titre de journal) servait de fil conducteur à une intrigue historico-romanesque, le tarbouche (coiffure masculine également appelée fez) que vont se mettre à fabriquer et commercialiser conjointement un industriel français du textile et un commerçant d’origine syrienne, symbolisera l’évolution du pays.

Georges Batrakani, francophile et chrétien, se battra toute sa vie pour développer la vente du tarbouche, « attribut national » d’une contrée – terre des Pyramides puis colonie ottomane et zone d’occupations française ou britannique – mélangée et cosmopolite dont il s’accommode.

Il y fondera toute une famille dont nous partageons le devenir : sa femme Yolande, fille Touta ; leur fils aîné, André, qui choisit la voie religieuse chez les Jésuites ; Michel, le lecteur de La Fontaine, qui tient un journal ; Paul, futur avocat ; leur fille Viviane, la cadette…

Il y a aussi Maguy, la sœur de Yolande ; l’oncle Nando ayant fait fortune ; les alliances par mariages et relations amicales ; les employés et associés, etc.

De 1916 à 1964, de la Première Guerre mondiale à l’arrivée au pouvoir de Nasser, l’Égypte évolue, s’arabise et va chasser petit à petit de son territoire les chrétiens du Levant.

C’est toute une épopée que nous a racontée Robert Solé, dans un style flamboyant et précis, d’une grande qualité, documenté au plus près.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Tarbouche de Robert Solé, Le Grand Livre du Mois [Éditions du Seuil], Paris, mars 1992 ; 420 pages (cartonné).

L'Egypte de Robert Solé

 

[**] Le Sémaphore d’Alexandrie de Robert Solé [Éditions du Seuil, mars 1994], collection « Points », éditions du Seuil, Paris, mars 1996 ; 360 pages.

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article