"Profondeurs" de Henning Mankell

Publié le par Michel Sender

"Profondeurs" de Henning Mankell

« Vingt-trois ans plus tôt, par un jour d’automne également, son mari contemplait le cuirassé Svea amarré au quai de l’Arsenal, à Stockholm. Lars Tobiasson-Svartman, officier de marine de son état, observait le navire d’un œil attentif. Au-delà des cheminées noires de suie, les yeux plissés dans la lumière grise, il devinait la tour de Kastellholm et l’église de Skeppsholm. » [*]

 

Que voilà un livre désespérant, absurde, déroutant !

Dans Profondeurs, un des romans les plus troublants de Henning Mankell, Lars Tobiasson-Svartman, « officier de marine » sondeur (il sonde les eaux pour en déterminer la profondeur), restera (comme Joseph K. l’arpenteur) l’objet d’une énigme éternelle tout au long du roman ; un monstre même, d’égoïsme et de cruauté ; un maniaque sans aucun sentiment de culpabilité.

Certes, dans sa froideur irréelle et insupportable, ce personnage symbolise-t-il sans doute l’inconséquence fréquente des hommes devant l’amour et la paternité, leur panique abyssale ?

Lars Tobiasson-Svartman pète les plombs dans les grandes largeurs et devient un criminel compulsif, un mythomane glacé et un moins-que-rien qui entraîne sa femme dans la folie, jusqu’à ce que Sara Fredrika, femme forte et mère emblématique, lui résiste et l’oblige à disparaître, à retourner au néant qu’il mérite.

 

Michel Sender.

 

[*] Profondeurs (Djup, 2004) de Henning Mankell, traduit du suédois par Rémi Cassaigne [Le Seuil, 2008], éditions Points, Paris, avril 2013 ; 360 p., 7,40 €.

Publié dans Littérature

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