"Gabriel Lambert" d'Alexandre Dumas

Publié le par Michel Sender

"Gabriel Lambert" d'Alexandre Dumas

« J’étais vers le mois de mai de 1835 à Toulon.

J’y habitais une petite bastide qu’un de mes amis avait mise à ma disposition.

Cette bastide était située à cinquante pas du fort Lamalgue, juste en face de la fameuse redoute qui vit, en 1793, surgir la fortune ailée de ce jeune officier d’artillerie qui fut d’abord le général Bonaparte, puis l’empereur Napoléon. » [*]

 

Pris dans ma folie Dumas, j’ai ressorti un volume (acheté me semble-t-il en solde chez Maxi-Livres) curieusement titré Le Forçat de l’Opéra : on se demande bien qui a bien pu avoir l’idée d’une telle chose, sinon pour attirer le chaland, genre Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux.

En fait, il s’agit de Gabriel Lambert, un court roman d’Alexandre Dumas publié en 1844 à Paris (en feuilleton dans La Chronique, revue universelle, puis en deux volumes chez Hippolyte Souverain).

Gabriel Lambert n’est pas du tout un personnage sympathique. C’est un aventurier de basse extraction, qui a abusé de la naïveté d’une jeune femme en lui faisant un enfant puis en fuyant à Paris, vivant de trafics et de rapines sous un nom d’aristocrate (rien à voir avec la noblesse du Comte de Monte-Christo !) ayant soi-disant fait fortune en Guadeloupe. En réalité, c’est un faussaire, un truand en gants blancs…

L’intérêt vient de ce que le récit se trouve enchâssé (comme pour un assemblage de poupées russes) dans une suite de témoignages divers (Dumas lui-même, un baron de ses amis, un certain docteur Fabien, la pauvre Marie Granger, le forçat Rossignol compagnon de bagne, un surveillant) qui composent cette histoire d’un duel, d’une escroquerie puis d’une condamnation à mort commuée en travaux forcés.

On voit également passer (comme dans Pauline) un Alfred de Nerval et un agent de police (pudiquement dénommé V…) célèbre.

Mais, surtout, c’est le style d’Alexandre Dumas qui nous prend : « Je contemplais ; et, je l’avoue, cette Méditerranée d’azur avec ses paillettes d’or, ces montagnes gigantesques belles de leur terrible nudité, ce ciel profond et morne, à force d’être limpide ; tout cela me paraissait plus beau à voir que ce que j’aurais pu composer ne me paraissait curieux à lire. » [**]

 

Michel Sender.

 

[*] Gabriel Lambert (ou Le Bagnard de l’Opéra) d’Alexandre Dumas, collection « Classiques & contemporains », présentation et notes de Jean-Paul Brighelli, éditions Magnard, Paris, juin 2001 ; 240 pages.

[**] Je retiens ici la leçon Wikisource (Meline, Cans et compagnie, Bruxelles, 1844) du texte, de préférence à celle de la « Collection Michel Lévy » (diverses dates) suivie par Magnard.

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