"La Femme du dimanche". Cinéma et littérature

Publié le par Michel Sender

"La Femme du dimanche". Cinéma et littérature

« CE mardi de juin où il fut assassiné, l’architecte Lamberto Barrone regarda plus d’une fois l’heure. » [*]

 

Récemment, je suis tombé, sur Arte.tv, sur le film (en version originale sous-titrée) de Luigi Comencini, La Femme du dimanche, réalisé en 1975 d’après le roman de Fruttero et Lucentini, dans une remarquable adaptation d’Age et Scarpelli, avec une musique entêtante d’Ennio Morricone et notamment Jacqueline Bisset, Marcello Mastroianni et Jean-Louis Trintignant dans les rôles principaux.

Du coup, n’ayant pas vraiment besoin de m’intéresser à l’intrigue policière (très respectée dans le film et que je connaissais donc déjà) je me suis plongé avec délice dans le livre (que je n’avais jamais lu) dont une édition de poche traînait depuis des années dans ma bibliothèque.

Car tout est « délicieux » dans La Femme du Dimanche : l’histoire, très amusante ; les personnages, distrayants ; l’écriture (remarquable traduction française de Philippe Jaccottet), spirituelle dans ses jeux linguistiques ; les chapitres divisés savamment le plus souvent en demi-journées et en de brèves séquences ; les lieux (la ville de Turin, ses collines et ses environs, son marché aux puces le Balùn), dépaysants…

Les auteurs nous amusent également avec un phallus de pierre qui a été l’arme du crime, un sac orange avec une étoile mouvante selon les témoins, la prononciation de Boston, un cinéma d’Art et Essai « spécialisé », des voitures cabossées ou pas, des références littéraires ou picturales coruscantes, un universitaire américaniste vindicatif, un couple homosexuel fort bien campé et toujours actuel où un des deux hommes envisage le mariage avec son compagnon (« Tout aurait été différent, entre eux, s’ils avaient pu avoir un enfant », se dit-il même), et puis le coup de foudre subtil du commissaire Santamaria pour la merveilleuse Anna Carla…

De la belle ouvrage – qui donne vraiment envie de découvrir les autres romans de Carlo Fruttero et Franco Lucentini, écrivains italiens aujourd’hui disparus.

 

Michel Sender.

 

[*] La Femme du Dimanche (La donna della domenica, 1972) de Carlo Fruttero & Franco Lucentini, traduit de l’italien par Philippe Jaccottet [Éditions du Seuil, 1973], Le Livre de Poche, Paris, 2e trimestre 1976 ; 544 pages.

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