"Le Cheire des Anges" de Philippe Roucarie

Publié le par Michel Sender

"Le Cheire des Anges" de Philippe Roucarie

« Cette année-là, rien n’était allé comme à l’habitude. Un mois de juin glacé par le vent du Nord avait contraint à faner avec les tricots de l’hiver et juillet lui avait succédé, torride. Depuis août, la sécheresse accablait le pays.

Deux fois, l’orage avait menacé, roulant sourdement dans la montagne. Deux fois, il s’était évanoui, fuyant ce monde auquel un maléfice semblait s’être attaché. » [*]

 

Le Cheire des Anges de Philippe Roucarie peut sans aucun doute se classer dans ce que l’on appelle aujourd’hui « la littérature de terroir », un « genre » qui rencontre beaucoup de succès et qui garde de grandes lettres de noblesse, même s’il reste très ignoré de l’intelligentsia branchée et des grands médias culturels.

Le Cheire des Anges se déroule en Auvergne et nous raconte (une belle trouvaille romanesque de Philippe Roucarie) la vie simultanée de trois jeunes hommes, nés le même jour dans un hameau du Massif central quelques mois après la Grande Guerre.

Nous allons les suivre jusqu’aux premières années suivant la Seconde Guerre mondiale, surtout pendant leur jeunesse et leur adolescence à travers leurs parcours scolaires (de la classe unique en primaire jusqu’au certif, au collège puis au lycée), le catéchisme et les communions, les aléas familiaux liés au travail de la terre et aux séquelles de la guerre, puis les Chantiers de jeunesse et la Résistance, jusqu’au mariage de certains.

Finalement les trois garçons suivront chacun leur voie (« La naissance les avait rassemblés, la jeunesse les avait unis, la vie venait de les séparer », conclut l’auteur), l’un restant paysan, l’autre devenant instit et le troisième un technicien de haut niveau épousant la fille de son patron.

Rien que d’assez banal dans un déroulement classique, sauf que Philippe Roucarie a la grâce de magnifier les saisons, de décrire les événements avec une extrême justesse, de suggérer les cassures sociales avec doigté, de faire comprendre les préoccupations paysannes avec intelligence et sensibilité.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Cheire des Anges de Philippe Roucarie [éditions Créer, 63340 Nonette, 1999], Le Grand Livre du Mois, Paris, mars 2003 ; 352 p., 20 € (cartonné souple).

Publié dans Littérature

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