"La Chartreuse de Parme" de Stendhal

Publié le par Michel Sender

"La Chartreuse de Parme" de Stendhal

« Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de bravoure et de génie dont l’Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi ; huit jours encore avant l’arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu’un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale : c’était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale. » [*]

 

Après Le Rouge et le Noir, de Stendhal j’ai relu La Chartreuse de Parme.

Pour mes yeux qui commencent à préférer les livres à la police de caractères pas trop petite, l’ancienne édition de Victor Del Litto au Livre de Poche était idéale. [**]

Et, une fois de plus (même si je garde également une extrême affection pour Lucien Leuwen), ma préférence va encore et toujours à La Chartreuse par rapport au Rouge et Noir. [***]

En effet, dès l’entrée de Bonaparte à Milan en 1796 jusqu’au dernier chapitre curieusement écourté, La Chartreuse de Parme conserve un élan romanesque et une profondeur narrative exceptionnels.

La bataille de Waterloo vue par Fabrice del Dongo demeure une extraordinaire épopée prosaïque au langage d’une crudité magnifique.

La sobriété de l’écriture (« En composant la Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais de temps en temps quelques pages du Code civil » disait Stendhal) et la vivacité du style donnent au roman un emballement musical au tempo vibrionnant.

Et puis, en dehors de Fabrice, le héros, il y a les personnages de la duchesse Sanseverina et du comte Mosca, inoubliables dans leur maturité qui rejoint celle de l’auteur. (Clélia Conti me semble plus convenue même si elle déploie un courage assez rare pour l’époque.)

Alors, La Chartreuse de Parme apparaît bien comme un aboutissement ultime et bouleversant dans l’œuvre de Stendhal.

 

Michel Sender.

 

[*] La Chartreuse de Parme (1839) de Stendhal, préface, commentaires et notes de Victor Del Litto, Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, 1983 ; 784 pages (édition 7/1996).

"La Chartreuse de Parme" de Stendhal

[**] Pour information, j’aurais pu utiliser (que j’ai consultées) les éditions d’Henri Martineau (Hazan et Garnier), Samuel S. de Sacy (L’Intégrale-Le Seuil) ou Michel Crouzet (Bouquins-Robert Laffont), ainsi qu’un exemplaire, sans annotations, d’un des classiques offerts aux jeunes mariés en 1972 par le Ministère de l’Éducation nationale français.

 [***] De même, pour moi, à propos de Flaubert, L’Éducation sentimentale l’emporte toujours sur Madame Bovary.

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