"Le Rouge et le Noir" de Stendhal

Publié le par Michel Sender

"Le Rouge et le Noir" de Stendhal

« La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s’étendent sur la pente d’une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées. » [*]

 

Je viens de relire Le Rouge et le Noir de Stendhal car ma fille est en train de l’étudier au lycée et qu’il figure au programme du Bac 2020 qui la concerne.

Or, pour moi, la lecture scolaire d’un chef-d’œuvre de la littérature demeure un exercice périlleux et d’une dangerosité extrême que doivent malheureusement subir encore les élèves.

Sachant que, personnellement, j’ai dû tout reprendre et réapprendre des écrivains français examinés en classe et dont on m’avait dégoûté à base de résumés analytiques et de questionnaires thématiques. (Heureusement, les auteurs étrangers restaient ignorés et, en quelque sorte, hors statut.)

Je repense à la merveilleuse dédicace de L’Enfant du regretté Jules Vallès (celles du Bachelier et de L’Insurgé valent également le détour).

Élèves persécutés, restez zen et lisez pour le plaisir !

Parce que la découverte du Rouge et le Noir peut être un pur bonheur, la joie renouvelée d’un feuilleton romanesque, d’une série fantastique, Game of Thrones et House of Cards réunis…

Hors le contexte historique (Chronique du XIXe siècle et de 1830), hors les coutumes de l’époque, qui bien sûr ont changé, tout, sur le fond, ambition, espoirs, amours ou passions illusoires, est désespérément moderne, toujours actuel, contemporain.

Julien Sorel, Madame de Rênal ou Mademoiselle de La Mole restent, sans doute inspirés par la vie même de Stendhal, des personnages universels et d’une complexité motivante pour l’esprit et la réflexion.

Et puis, il y a l’écriture, le style de Stendhal : extraordinaire, lumineux, enlevé, sarcastique et même drôle aujourd’hui. (Je me régale, nel mio caso, de « ce c… d’abbé Maslon » du chapitre XIX de la première partie.)

Force alors est de constater que, après La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, après Manon Lescaut de l’Abbé Prévost ou Adolphe de Benjamin Constant, Stendhal révolutionne le roman.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Rouge et le Noir (Chronique de 1830) de Stendhal, texte complet établi, présenté et annoté par Henri Martineau (avec l’autorisation des éditions Fernand Hazan), Club des Libraires de France, Paris, 1961 ; 716 pages (Imprimerie Savernoise, juillet 1963) + « album d’images du temps » de 20 pages (Imprimerie moderne du Lion). Contient également, en Appendice, la « Lettre à Salvagnoli » signée D. Gruffot Papera de 1832 (projet d’article sur Le Rouge et le Noir) et les comptes rendus de la Gazette des Tribunaux sur l’affaire Berthet (1827-1828).

Publié dans Littérature

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