"Trois Contes" de Gustave Flaubert

Publié le par Michel Sender

"Trois Contes" de Gustave Flaubert

« Alors le Lépreux l’étreignit ; et ses yeux tout à coup prirent une clarté d’étoiles ; ses cheveux s’allongèrent comme les rais du soleil ; le souffle de ses narines avait la douceur des roses ; un nuage d’encens s’éleva du foyer, les flots chantaient. Cependant une abondance de délices, une joie surhumaine descendait comme une inondation, dans l’âme de Julien pâmé ; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait touchant de sa tête et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s’envola, le firmament se déployait ; — et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui l’emportait dans le ciel.

Et voilà l’histoire de saint Julien l’Hospitalier, telle à peu près qu’on la trouve, sur un vitrail d’église, dans mon pays. » [*]

 

Après la lecture d’Un cœur simple, j’ai tout même voulu plonger (malgré ma précédente chronique) dans la suite des Trois Contes de Gustave Flaubert.

En fait, La Légende de saint Julien l’Hospitalier, rédigé entre octobre 1875 (après un séjour à Concarneau en septembre où il en arrêta le plan) et la mi-février 1876, fut le premier récit écrit par Flaubert pour le recueil final.

Et le ton (on pense à la Légende dorée de Jacques de Voragine) ressort effectivement de l’histoire légendaire, d’un conte fabuleux et édifiant.

De tout temps, Flaubert aurait été fasciné par le vitrail de saint Julien dans la cathédrale de Rouen et il a trouvé en quelques mois le souffle (lyrique) nécessaire à cette épopée d’un pécheur, obsédé de chasse et de meurtre, qui, dans un ultime sacrifice, accède à la sainteté…

Hérodias, la dernière nouvelle, sur un thème antique et biblique, ressort plus (on l’a souvent relevé) du style, plus alambiqué et savant, de Salammbô, son roman historique publié en 1862.

Dans un déroulement funèbre et cérémonieux, Hérodias, nouvelle épouse du tétrarque Hérode Antipas, exige pour se venger, avec la complicité de sa fille Salomé, l’exécution de Iaokanann, le saint Jean-Baptiste de l’Église catholique, décapité et dont la tête fut exposée sur un plateau…

La narration de Flaubert, superbe, se conclut ainsi :

« À l’instant où se levait le soleil, deux hommes, expédiés autrefois par Iaokanann, survinrent, avec la réponse si longtemps espérée.

Ils la confièrent à Phanuel, qui en eut un ravissement.

Puis il leur montra l’objet lugubre, sur le plateau, entre les débris du festin. Un des hommes dit :

— « Console-toi ! Il est descendu chez les morts annoncer le Christ ! »

L’Essénien comprenait maintenant ces paroles : « Pour qu’il croisse, il faut que je diminue. »

Et tous les trois, ayant pris la tête de Iaokanann, s’en allèrent du côté de la Galilée.

Comme elle était très lourde, ils la portaient alternativement. »

 

Michel Sender.

 

[*] Fin de La Légende de saint Julien l’Hospitalier dans Trois Contes de Gustave Flaubert, édition présentée, établie et annotée par S. de Sacy, Le Livre de Poche, Éditions Gallimard et Librairie Générale Française, Paris, 3e trimestre 1966 ; 192 pages.

Publié dans Littérature

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