"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

Publié le par Michel Sender

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, — qui cependant n’était pas une personne agréable. » [*]

 

De fil en aiguille, après L’Éduc sentim [**], j’en suis revenu aux Trois Contes de Gustave Flaubert et plus précisément à Un cœur simple.

Personnellement, j’ai de la peine à m’intéresser à La Légende de saint Julien l’Hospitalier ou à Hérodias (de même d’ailleurs qu’à La Tentation de saint Antoine) mais, en revanche, Un cœur simple, souvenir de lecture d’enfance (je garde précieusement un exemplaire de la « Bibliothèque verte » illustré par A. Pécoud) et histoire extrêmement populaire [***], reste pour moi un miracle d’écriture.

Pierre-Marc de Biasi explique très bien que les Trois Contes (Un cœur simple fut achevé en août 1876 à Croisset), parus chacun en feuilleton dans la presse avant de sortir en volume chez Charpentier en 1877, sont nés « sous le signe du malheur et des catastrophes » et furent la dernière œuvre de Flaubert publiée de son vivant (il disparut trois ans après, en 1880). « De son propre aveu, c’est en grande partie pour donner raison à Sand qu’il écrit Un cœur simple », ajoute-t-il.

En effet, George Sand (très grande amie de Flaubert) est morte le 8 juin 1876 dans son château de Nohant et Un cœur simple, objet de nombreuses « discussions épistolaires » entre eux deux et qu’il lui destinait, s’en ressent.

C’est l’aboutissement de la maîtrise d’expression et de narration de Gustave Flaubert, d’une exigence totale et d’une apparente froideur réaliste qui fait néanmoins jaillir l’émotion, à l’instar des dernières lignes du texte :

« Une vapeur d’azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient.  Les mouvements de son cœur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr’ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête. »

 

Michel Sender.

 

[*] Un cœur simple suivi de La Légende de saint Julien l’Hospitalier et Hérodias (Trois Contes, 1877) de Gustave Flaubert, « La Bibliothèque précieuse », Librairie Gründ, Paris, 4e trimestre 1956 ; 192 pages.

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

[**] Abréviation du roman utilisé par Flaubert et rappelée par Pierre-Marc de Biasi dans son Gustave Flaubert – Une manière spéciale de vivre.

"Un coeur simple" de Gustave Flaubert

[***] Très souvent, comme dans « La Bibliothèque précieuse », le titre Un cœur simple prend le pas sur Trois Contes pour l’édition entière du recueil. Je pense également à la popularité du roman de Julian Barnes, Le Perroquet de Flaubert.       

Publié dans Littérature

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