"Jeanne de Luynes, comtesse de Verue" de Jacques Tournier

Publié le par Michel Sender

"Jeanne de Luynes, comtesse de Verue" de Jacques Tournier

« Elle est très petite. Elle a quatorze ans. Elle est toujours cachée dans un recoin de l’escalier, entre la rampe et le chien jaune, pour mieux surveiller les jardins. Ce sont de longs après-midi. Si longs, qu’elle enfonce parfois la tête dans sa robe, pour que le soir vienne plus vite. Lorsqu’il touche enfin la terrasse, c’est comme si quelqu’un se dressait soudain derrière les fenêtres, une ombre qui paraît la chercher. Elle se fait plus petite encore, pour se faire chercher plus longtemps, mais l’ombre finit toujours par la découvrir, monte l’escalier, marche à marche, et vient s’asseoir à côté d’elle. »

 

Jacques Tournier (1922-2019), traducteur et spécialiste de Francis Scott Fitzgerald (il écrivit un Zelda) ou de Carson McCullers (voir Retour à Nayack), analyste de Barbara (son Barbara ou les Parenthèses chez Seghers), fut un écrivain d’une extrême finesse — mais surtout connu dans le grand public sous le pseudonyme de Dominique Saint-Alban, auteur notamment des best-sellers populaires de la série Noële aux Quatre Vents.

Dans Jeanne de Luynes, comtesse de Verue, Jacques Tournier s’appuie sur « l’histoire vraie » (comme on dit à la télé) d’une personne ayant réellement existé (1670-1736) pour décrire la condition féminine à la fin du XVIIe siècle.

Il s’attache surtout, en douze petits chapitres subtils, à raconter la jeunesse de Jeanne de Luynes, mariée très tôt à un chambellan de la Cour de Turin, de la Maison de Savoie, puis, malgré elle et malgré plusieurs mois de résistance (elle comprend finalement que son mari est parti en « mission » pour laisser le champ libre), livré à l’amour débordant et impérieux du roi Victor-Amédée, en son domaine de Rivoli.

Considérée alors comme « la Putain du roi », elle impose à son amant des dépenses pharaoniques et joue un rôle politique important, avant de parvenir, grâce à l’aide de son frère Charles, à s’évader d’Italie pour, de retour en France, se cacher dans un couvent à Paris…

Le livre de Jacques Tournier s’arrête là, au tournant du XVIIIe siècle, mais en ayant tracé le portrait intime et pénétrant d’une jeune femme courageuse combattant pour sa liberté.

 

Michel Sender.

 

[*] Jeanne de Luynes, comtesse de Verue de Jacques Tournier [Mercure de France, 1984], collection « Folio », éditions Gallimard, Paris, février 1993 ; 160 pages.

Publié dans Littérature

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