"Le Balcon" de Charles Baudelaire (Fleurs du Mal, suite)

Publié le par Michel Sender

"Le Balcon" de Charles Baudelaire (Fleurs du Mal, suite)

XXXVI

 

LE BALCON

 

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,

Ô toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !

Tu te rappelleras la beauté des caresses,

La douceur du foyer et le charme des soirs,

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !

 

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon,

Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.

Que ton sein m’était doux ! que ton cœur m’était bon !

Nous avons dit souvent d’impérissables choses

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.

 

 

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !

Que l’espace est profond ! que le cœur est puissant !

En me penchant vers toi, reine des adorées,

Je croyais respirer le parfum de ton sang.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !

 

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison,

Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,

Et je buvais ton souffle, ô douceur ! ô poison !

Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.

 

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses,

Et revis mon passé blotti dans tes genoux.

Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses

Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton cœur si doux ?

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses !

 

Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,

Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,

Comme montent au ciel les soleils rajeunis

Après s’être lavés au fond des mers profondes ?

— Ô serments ! ô parfums ! ô baisers infinis !

 

CHARLES BAUDELAIRE [*]

 

Pour lire avec ma fille — qui dispose de l’actuelle édition du Livre de Poche (voir ce blog précédemment) — Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, j’ai choisi finalement (ne pouvant aller en librairie) dans ma bibliothèque personnelle le « Classiques Garnier » d’Antoine Adam.

Je dispose d’autres ressources (l’Œuvre  de Baudelaire par Pierre Schneider, collection « Les Portiques », au Club Français du Livre, de 1955, sur papier bible ; les Œuvres complètes de « Bouquins » préfacées par Claude Roy, notices et notes de Michel Jamet, qui remontent à 1980 ; et Les Fleurs du Mal, en coffret cartonné, illustrées par Ulrich Mertens en 2007 chez France Loisirs) mais, en fait, mon exemplaire des « Classiques Garnier » reste la seule édition « savante » des Fleurs du Mal dont je peux me servir.

Le texte, pour les annotations et les variantes, est truffé de lettres et de chiffres en exposant qui renvoient en bas de page ou en fin de volume : la lecture n’en est pas trop plaisante pour quelqu’un comme moi qui a beaucoup de peine à ne pas y aller voir.

Dans le même temps, la version du Livre de Poche se compose de notes donnant des définitions de base, surtout à usage scolaire — ce que je déteste personnellement !

Décidément, il n’y a pas de solution miracle.

Ceci dit, heureusement, il y a Baudelaire et, par exemple, son poème Le Balcon, si beau, si simple, si lumineux.

 

Michel Sender.

 

[*] Les Fleurs du Mal (Les Épaves – Bribes – Poèmes divers – Amœnitates Belgicæ) de Charles Baudelaire, introduction, relevé de variantes et notes par Antoine Adam, éditions Garnier Frères, Paris, septembre 1961 ; XL pages + 16 reproductions + 496 pages. [Mon exemplaire a un défaut : les pages 465-480 (cahier 34) manquent, remplacées par le cahier 28 (pages 369-384) en double.]

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