"Oh les beaux jours"

Publié le par Michel Sender

"Oh les beaux jours"

« WINNIE. — Win ! (Un temps.) Oh le beau jour encore que ça aura été. (Un temps.) Encore un. (Un temps.) Après tout. (Fin de l’expression heureuse.) Jusqu’ici. » [*]

 

Me voici confiné à la maison avec ma fille qui, cette année, outre Le Rouge et le Noir (voir ce blog le 15 janvier 2020) de Stendhal, a également étudié Oh les beaux jours de Samuel Beckett, L’Étranger d’Albert Camus et même un extrait de Huis clos de Jean-Paul Sartre. (Nous envisageons, pour le plaisir, de lire ensemble La Peste !)

Nous constatons d’ailleurs que le maintien à domicile et l’école à distance des enfants consistent surtout à leur envoyer des devoirs — ce qui n’est pas très intelligent — mais, bref, passons, nous tâcherons d’aménager mieux le programme…

Nous assistons à des discours et des mesures de « guerre » qui, si elles se justifient sanitairement, malheureusement n’amélioreront absolument pas la situation.

En effet, sans chercher à jouer les Cassandre, on peut facilement comprendre que les choses ne vont pas manquer de s’aggraver, que la crise va frapper encore plus.

On a déjà vu des personnes chercher à quitter à tout prix les villes (au risque de disséminer gravement l’épidémie) ou encore effectuer des achats de première nécessité de façon inconsidérée, ce qui, lié à la baisse générale d’activité, va créer inévitablement (qu’on le veuille ou non) des pénuries et, ensuite, probablement, de l’inflation pendant que les revenus (les indemnisations ne sont jamais totales) baisseront : une économie de guerre (comme disent nos experts) où certains vont s’enrichir et d’autres (la majorité) boire le bouillon.

On ne nous fera pas croire que dorénavant on rase gratis ni que les impôts, après tout ça, vont baisser ! Bientôt, les personnes raisonnables et « citoyennes » regretteront amèrement de ne pas avoir été « prévoyantes » et cyniques.

Rien de neuf sous le soleil qui, gaillardement, à l’approche du printemps, semble en plus, comme pour nous narguer, pointer son nez !

De toute façon, ce cantonnement imposé (sans sorties, sans restaurants, sans spectacles, sans cinéma ni théâtre, etc.) ressemble fort à la cassure permanente qui s’est installée au sein de la société, à la relégation sociale (mise en évidence par les Gilets jaunes) qui frappe dorénavant une grande partie de la population — et cela, hélas, sans mobilisation collective ni révolte politique, ne changera pas.

En effet, personnellement, si je ne suis pas allé voter dimanche dernier aux Municipales, ce n’est pas par crainte du coronavirus, mais parce que je ne crois plus en la « démocratie » de notre régime actuel.

Les communes, les communautés de communes, les cantons, les territoires, les circonscriptions électorales, les départements, les régions, les administrations ont tellement été tripatouillés et manipulés depuis des années — et sans jamais nous consulter ! — que, en ce qui me concerne, je n’en ai plus rien à foutre et les rejette en bloc.

En éloignant progressivement les habitants des lieux de pouvoir et de décision, les dirigeants de tout acabit ont fait de bien mauvais choix : il serait temps qu’ils le paient.

 

Michel Sender.

 

[*] Oh les beaux jours de Samuel Beckett, Les Éditions de Minuit, Paris, 1963.

Publié dans Littérature

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