"Ethan Frome" d'Edith Wharton

Publié le par Michel Sender

"Ethan Frome" d'Edith Wharton

« J’ai appris l’histoire, bribe par bribe, de diverses gens, et, comme il arrive généralement en pareil cas, c’était chaque fois une autre histoire.

Si vous connaissez Starkfield, Massachusetts, vous connaissez la poste. Si vous connaissez la poste, vous avez dû voir Ethan Frome arriver devant en voiture, laisser tomber les rênes sur son cheval bai au dos creux, puis se traîner sur le pavement de briques vers la colonnade blanche : et vous avez dû vous demander qui il était. » [*]

 

Ethan Frome, publié par Edith Wharton en 1911 chez Scribner, relève plus du genre de la novella que de celui du roman.

Edith Wharton débute d’ailleurs son histoire par un long prologue descriptif introduisant le narrateur qui va ensuite, en fonction de témoignages divers, raconter des événements s’étant déroulés vingt-quatre ans avant, puis conclure par une dernière mise en situation.

Le procédé est classique dans de nombreux ouvrages du XIXe siècle et celui-ci se déroule comme une tragédie grecque entre trois personnes confinées dans une petite ferme d’une ville fictive de la Nouvelle-Angleterre.

Le fermier, Ethan Frome, y vit avec une femme au départ très active, Zenobia, qu’il a épousée après la mort de ses parents mais qui s’est avérée par la suite maladive et acariâtre ; depuis quelques mois s’est installée chez eux une jeune fille, Mattie Silver, « entrée dans la maisonnée des Frome pour venir aider sa cousine Zeena ».

Et dans cet isolement traditionnel renforcé par des paysages neigeux à la Maria Chapdelaine va avoir lieu le drame quand Zeena Frome décide de renvoyer Mattie à qui, manifestement, son mari Ethan s’est — silencieusement et secrètement, mais d’une manière réciproque — fortement attaché…

Le récit d’Edith Wharton, lent et compassé comme ses personnages, fait s’avancer mollement, cependant plein de détails prémonitoires, l’inévitable issue d’un amour partagé mais impossible.

 

Michel Sender.

 

[*] Ethan Frome (1911, plus Introduction de 1922) d’Edith Wharton, traduction de Pierre Leyris, collection « Domaine anglais », Mercure de France, Paris, février 1969 ; 208 pages, 19,70 F.

"Ethan Frome" d'Edith Wharton

Ethan Frome fut traduit en français sous le titre Sous la neige dès 1912 dans La Revue de Paris puis chez Plon. La traduction, anonyme, serait de Charles Du Bos, avec la participation sans doute de l’auteure. Cette version française (disponible sur Gallica) est parfois curieusement plus diserte que le texte original anglais :

« Cette histoire, c’est bribe par bribe, et de diverses bouches, que je l’ai recueillie. Et, comme il arrive généralement en pareil cas, c’était chaque fois une histoire différente.

Si vous connaissez Starkfield, village perdu dans la partie montagneuse du Massachusetts, vous avez certainement remarqué son bureau de poste. C’est une construction datant de la fin du dix-huitième siècle, en briques rouges, avec un fronton de bois peint en blanc et un péristyle à colonnes, telle qu’en possèdent beaucoup de villages de la Nouvelle-Angleterre. Ce petit édifice se dresse au milieu de la Grande Rue, entre la banque et la pharmacie : matin et soir, les habitants de Starkfield et les fermiers des environs s’y réunissent à l’arrivée du courrier. Parmi eux, vous aurez sans doute été frappé par la haute taille et le visage tragique d’Ethan Frome. C’est là que je le vis moi-même pour la première fois, voici quelques années. »

Publié dans Littérature

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