Carlos Ruiz Zafón prisonnier du ciel

Publié le par Michel Sender

Carlos Ruiz Zafón prisonnier du ciel

« Barcelone, décembre 1957

Cette année-là, à Noël, nous eûmes tous les jours des petits matins de plomb et de givre. La ville baignait dans une pénombre bleutée, et l’haleine des passants emmitouflés jusqu’aux oreilles dessinait des trainées de vapeur dans le froid. Ils étaient bien peu, ceux qui s’arrêtaient pour regarder la vitrine de Sempere & Fils, et moins nombreux encore ceux qui s’aventuraient à l’intérieur pour demander le livre perdu qu’ils avaient cherché toute leur vie et dont la vente aurait contribué à renflouer les finances précaires de la librairie. » [*]

 

J’ai appris hier soir, aux informations d’Arte, la mort à Los Angeles (semble-t-il, d’un cancer colorectal) de Carlos Ruiz Zafón, écrivain espagnol né le 25 septembre 1964 à Barcelone.

Je n’ai pas retrouvé dans ma bibliothèque ni L’Ombre du vent (El sombra del viento, 2001) ni Le Jeu de l’ange (El juego del ángel, 2o08), tous deux traduits, ainsi que Le Prisonnier du ciel (El prisionero del cielo, 2011), par François Maspero en français.

Carlos Ruiz Zafón prisonnier du ciel

Pourtant, je suis sûr de les avoir lus, ce que me confirment, inoubliables, les premières lignes du Jeu de l’ange (Robert Laffont, 2009) retrouvées sur Internet :

« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix. »

Ces extraits brisent le cœur à la nouvelle de sa disparition.

Je me souviens de romans (à la façon du Nom de la Rose d’Umberto Eco ou du Club Dumas d’Arturo Pérez-Reverte) souvent feuilletonesques mais d’une intelligence d’écriture extrême.

Carlos Ruiz Zafón prisonnier du ciel

Bien sûr le choc vint de L’Ombre du vent, paru chez Grasset en 2004 puis au Livre de Poche l’année suivante, premier volet d’un cycle : Le Cimetière des Livres oubliés, sous couvert de librairie étrange, d’ouvrages et d’auteurs inventés…

Les deux suivants sortirent ensuite chez Robert Laffont et en Pocket [**] — ainsi que des livres pour la jeunesse écrits précédemment : trois du « Cycle de la brume » (Le Palais de Minuit, Le Prince de la brume et Les Lumières de septembre) et Marina.

Tous ces livres sont associés aux images du photographe catalan Francesc Catalá-Roca (1922-1998) qui les ont illustrés en couverture et qui ajoutent à la nostalgie.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Prisonnier du ciel (El prisionero del cielo, 2011) de Carlos Ruiz Zafón, traduit de l’espagnol par François Maspero [Robert Laffont, 2012], éditions France Loisirs, Paris, septembre 2013 ; 360 pages.

Carlos Ruiz Zafón prisonnier du ciel

[**] Je viens de découvrir qu’un quatrième titre, Le Labyrinthe des esprits (El laberinto de los espíritus, 2016) ainsi qu’une réédition de L’Ombre du vent sont maintenant disponibles chez Actes Sud depuis 2018.

Publié dans Littérature

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