"Anne... la maison aux pignons verts" de Lucy Maud Montgomery

Publié le par Michel Sender

"Anne... la maison aux pignons verts" de Lucy Maud Montgomery

« Madame Rachel Lynde habitait à l’endroit précis où la grand-route d’Avonlea plongeait brusquement dans le creux d’un vallon bordé d’aunes et de fuchsias et traversé d’un ruisseau qui prenait sa source dans le bois, en arrière de la vieille maison Cuthbert. On disait que ce ruisseau impétueux serpentait à travers le bois par un mystérieux dédale de méandres, de cuvettes et de cascades, mais, une fois arrivé à Lynde’s Hollow, il se transformait en un ruisselet paisible parfaitement discipliné, car même un ruisseau n’aurait pu passer devant la porte de Mme Rachel Lynde sans soigner son apparence et ses bonnes manières. Il était sans doute fort conscient, ce ruisseau, que Mme Rachel, assise derrière sa fenêtre, prenait bonne note de tout ce qu’elle apercevait, à commencer par les enfants et les cours d’eau. Il savait bien que, pour peu qu’elle remarquât quelque chose d’étrange ou de déplacé, elle ne serait en paix qu’après en avoir compris le pourquoi et le comment. » [*]

 

La diffusion sur Netflix de la série Anne avec un E (« Anne spelled with an e » réclame sans arrêt l’héroïne au début du livre) m’a donné envie de replonger dans Anne… la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery dans la version française des éditions Québec/Amérique de Montréal, due à Henri-Dominique Paratte, et reprise en France chez Julliard et France Loisirs.

Une dizaine d’années après, Québec/Amérique au Canada, les Presses de la Cité et France Loisirs chez nous, ont publié, dans des traductions d’Hélène Rioux, la suite (Anne d’Avonlea, Anne quitte son île, Anne au Domaine des Peupliers, etc.) dont il faut reconnaître, du fait de la sérialisation systématique, qu’elle n’a plus le même intérêt… (Dans les années 1990, les éditions Flammarion limitée ont publié, traduits par Hélène Le Beau, des romans indépendants plus tardifs : Les Vacances de Jane, Le Château de mes rêves, Pat de Silver Bush,… en France repris également chez France Loisirs.)

Car toujours on revient à Anne of Green Gables (« Anne des Pignons Verts »), le premier livre (dédié à la mémoire de ses parents et paru en 1908 chez Page à Boston aux « États ») de Lucy Maud Montgomery, institutrice canadienne d’origine écossaise née en 1874 et vivant sur l’Île-du-Prince-Édouard (elle se maria en 1911 avec un pasteur presbytérien, Ewan Macdonald, et s’installa à Toronto).

Postérieur aux Quatre Filles du Docteur March de Louisa May Alcott mais bien antérieur à La Petite Maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder, Anne des Pignons Verts constitue, pour le public anglophone, un classique de la littérature jeunesse mais aussi un roman d’apprentissage valable pour tous les lectorats.

Sur la base de ses souvenirs d’enfance à la fin du XIXe siècle, Lucy Maud Montgomery a eu l’idée géniale de créer le personnage d’Anne Shirley, orpheline envoyée sur l’Île-du-Prince-Édouard et adoptée par un couple atypique, un frère et une sœur (Matthew et Marilla Cuthbert) célibataires gérant ensemble une ferme à Avonlea au lieu-dit de Green Gables (emplacements fictifs d’après les environs de Cavendish).

Anne Shirley, jeune fille rousse qui déteste qu’on l’appelle « Poils de carotte » (« Carrots ! »), a développé une imagination bavarde et livresque qui lui permet de survivre et, finalement, de réussir scolairement en devenant institutrice.

Et puis elle s’incorpore quasiment aux endroits et aux paysages, aux plantes et aux animaux, tout en faisant son chemin parmi les individus de l’île et en revendiquant son originalité. Le livre se présente alors comme une chronique et un chapelet d’épisodes égrenant l’existence frugale des habitants de Nouvelle-Écosse.

Les références en sont clairement anglo-saxonnes (épigraphe de Robert Browning ; citations de poèmes de James Russell Lowell, James Thomson, Rose Hartwick Thorpe, Alfred Tennyson, du Marmion de Walter Scott et même de The Dog at his Master’s Grave de Mrs Sigourney ; allusions à Ben Hur ; « école du dimanche » à l’église) et marquées culturellement mais s’avèrent bien entendu dépaysantes.

Surtout, Lucy Maud Montgomery (qui mourut très célèbre en 1942), avec Anne… la maison aux pignons verts, a réussi un merveilleux livre, extrêmement bien écrit et composé, un authentique chef-d’œuvre de portée universelle.

 

Michel Sender.

 

[*] Anne… la maison aux pignons verts (Anne of Green Gables, 1908) de Lucy Maud Montgomery, traduit de l’anglais par Henri-Dominique Paratte [éditions Québec/Amérique, 1986 ; Julliard, 1987], éditions France Loisirs, Paris, juillet 1987 ; 288 pages, 62 F (cartonné sous jaquette).

[Anne of Green Gables est disponible sur Wikisource et Project Gutenberg.]

Publié dans Littérature

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