"L’Argent des autres" d’Émile Gaboriau

Publié le par Michel Sender

"L’Argent des autres" d’Émile Gaboriau

« À Monsieur

PAUL FÉVAL

Fidèle interprète des sentiments de mon regretté mari, j'offre cet ouvrage à celui dont il s'honorait d'être l'ami et dont il admirait le talent.

Veuve ÉMILE GABORIAU

16 janvier 1874. » [*]

 

L’Argent des autres, paru dans le quotidien L’Événement du 11 mars au 12 juillet 1873, est le dernier roman d’Émile Gaboriau, né le 9 novembre 1832 à Saujon (en Charente) et qui mourut le 28 septembre 1873 à Paris.

Après le XIXe siècle, L’Argent des autres a très peu été publié et, quand il l’était, ce fut malheureusement dans des versions « caviardées » (voir mon précédent article sur ce blog).

Pourtant ce livre, au titre si souvent utilisé dans les cas de malversations financières, entre Balzac et Zola, a entrouvert la dénonciation des spéculateurs et des banquiers véreux.

Car, même s’il y a une enquête, il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman policier, mais plutôt d’un roman social dans la veine des feuilletons populaires.

En 1872, un drame éclate dans la famille de M. Vincent Favoral et sa femme, son fils M. Maxence et sa fille Mlle Gilberte : au cours d’une réception chez eux dans le Marais, la police vient arrêter M. Favoral qui parvient à s’enfuir.

Caissier principal au Comptoir de crédit mutuel appartenant au baron de Thaller, M. Favoral, qui vivait à son domicile dans la plus grande avarice, est accusé d’avoir détourné douze millions de francs, ce qui plonge bien entendu ses proches dans le désarroi et dans l’opprobre de l’opinion publique.

À coups de nombreux retours en arrière, Émile Gaboriau nous décrit toute la pingrerie de Favoral, les difficultés de son épouse (mariée d’office par son père) pour maintenir le rang du ménage, l’insouciance de son fils Maxence et la timidité de sa fille Gilberte qui, malgré tout, démontrera une remarquable pugnacité à refuser le mariage que voudra lui imposer son père.

En fait, Gilberte est amoureuse d’un jeune homme rencontré place Royale, Marius de Trégars, dont le père a été ruiné par le baron de Thaller et qui veut se venger.

De son côté, Maxence, dans son logement indépendant (à l’Hôtel des Folies), est tombé amoureux de sa voisine de palier, Mlle Lucienne, jeune femme abandonnée par sa mère chez une nourrice et qui a été ensuite ballottée par la vie…

Après moult rebondissements feuilletonesques, les deux jeunes hommes, Maxence et Marius, vont finalement parvenir à découvrir la vérité et à se marier selon leur désir.

Cependant, l’intérêt de L’Argent des autres ne réside pas vraiment dans les aléas romanesques des personnages, mais surtout découle de l’extraordinaire intelligence de la présentation des ressorts sociaux, des différentes catégories de la population, des mécanismes de la Bourse et des journaux financiers de l’époque, de l’attitude laxiste des juges face aux combinaisons affairistes, etc.

Émile Gaboriau reste manifestement un écrivain d’une extrême qualité et qu’il faut lire évidemment dans son texte intégral.

 

Michel Sender.

 

[*] L’Argent des autres (I Les Hommes de paille, II La Pêche en eau trouble) d’Émile Gaboriau, E. Dentu, éditeur, sixième édition, Paris, 1874 ; 390 et 341 pages (Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze, sur Internet Archive). [Sur Gallica sont disponibles les numéros de L’Événement et les deux tomes des 7e et 9e éditions Dentu du livre : sur la neuvième édition de 1879 la dédicace à Paul Féval a disparu.]

Publié dans Littérature

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