François-Victor Hugo a-t-il traduit "Ivanhoé" ?

Publié le par Michel Sender

François-Victor Hugo a-t-il traduit "Ivanhoé" ?

« C’est ainsi qu’ils parlaient, tandis qu’ils forçaient à rentrer, le soir, dans l’étable leurs troupeaux bien repus, qui témoignaient par un bruyant grognement leur regret de renoncer à la pâture.

Odyssée.

 

Dans cet heureux district de la riche Angleterre, baigné par le Don, s'étendait jadis une vaste forêt qui couvrait la plus grande partie des belles montagnes et des vallées assises entre l'industrieuse Sheffield et la riante Doncaster. On voit encore les restes de cette forêt dans les magnifiques domaines de Wentworth, de Warncliffe Park, et dans les environs de Rotherham. C'est là que le fameux dragon de Wantley exerçait ses ravages ; là se livrèrent la plupart des sanglantes batailles qu'amenèrent les guerres civiles de la Rose rouge et de la Rose blanche ; là encore fleurirent, dans les anciens temps, ces bandes de valeureux outlaws, ou proscrits, dont les ballades anglaises ont rendu les exploits si populaires.

Tel est le lieu de la scène principale de notre histoire, dont la date se rapporte à la fin du règne de Richard Ier, époque où le retour de ce prince, retenu captif, était un événement désiré plutôt qu'espéré de ses sujets, que la désolation paraissait accabler, et qui étaient soumis à tous les maux que cause une tyrannie subalterne. Les nobles, dont le pouvoir avait fini par être exorbitant sous le règne d'Etienne, et que la prudence de Henri II réduisit avec tant de peine à un degré apparent de soumission à la couronne, avaient repris leur ancienne licence avec une effrayante rapidité, méprisant la faible intervention du conseil d'État d’Angleterre, fortifiant leurs châteaux, augmentant le nombre de leurs serfs, réduisant tout ce qui les entourait à un état de vasselage, et cherchant, par tous les moyens possibles, à se mettre chacun à la tête de forces suffisantes pour jouer un rôle dans les terribles convulsions qui semblaient menacer le pays. » [*]

C’est la faute à Dumas.

Alexandre Dumas, comme Balzac et de nombreux romantiques, adorait Walter Scott et Ivanhoé, dont les traductions françaises, à partir de celle de Defauconpret (chez Henri Nicolle en 1820), se multiplièrent.

Dès 1821, Dumas chercha à faire une pièce de théâtre d’après Ivanhoé, ce que nous rappelait Jacques Cabau dans l’édition Rencontre du livre de Walter Scott en 1968.

Car, en 1862, deux tomes chez Michel Lévy, Alexandre Dumas publia sous son nom une traduction d’Ivanhoé.

Or, tout laisse à penser que cette traduction, comme son Robin des Bois (1865), soit de son « collaborateur » Victor Perceval qui, en fait, était une femme.

En effet, d’après l’Histoire de la Société des Gens de Lettres (préfacée par Jules Claretie, Librairie Mondaine, 1889) d’Édouard Montagne (1830-1899), Mme Marie-Laure Chaufour (Victor Perceval) entra dans cette société le 16 décembre 1861.

On sait que Victor Perceval traduisait ouvertement de l’anglais pour Alexandre Dumas (Un cadet de famille en 1856, ou Mémoires d’un policeman en 1858) et le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France signale Victor Perceval (1835-1887), « romancière, collaboratrice d’Alexandre Dumas », traductrice d’Ivanhoé (Bureaux du Siècle, plusieurs mentions à partir de 1863), ouvrage que l’on ne peut malheureusement pas consulter sur Gallica.

Marie-Laure Chaufour (Claude Schopp date sa disparition de 1888 : il faut dire que, d’après Édouard Montagne, elle était toujours vivante en 1887), appelée aussi Marie de Fernand, fut également la maîtresse d’Alexandre Dumas, dont elle aurait eu une fille, Alexandrine…

Lancé donc dans mes recherches sur Ivanhoé, j’ai retrouvé une édition de poche Maxi-Livres de 1998 dont la traduction est attribuée à François-Victor Hugo (1828-1873), le fils de Victor Hugo et dont on connaît surtout (travail magnifique) les traductions de Shakespeare.

Or, à part celle de Maxi-Livres, aucune traduction d’Ivanhoé par François-Victor Hugo n’est répertoriée nulle part.

Et pour cause.

En consultant Wikisource et Internet Archive, on s’aperçoit qu’il s’agit (à part quelques variantes : inversions d’adjectifs, « soumis » au lieu d’assujettis, sans doute à cause de la répétition avec « sujets » un peu avant, etc.) de la traduction d’Albert Montémont (1788-1861), revue en 1837 (avec l’Introduction mise en tête de la dernière édition d’Édimbourg datée d’Abbotsford, 1er septembre 1830), chez Ménard, libraire-éditeur à Paris (parut aussi chez Firmin-Didot).

Alors, pourquoi avoir inscrit « Traduction de François-Victor Hugo » sous le titre ? Cela reste une énigme.

 

Michel Sender.

 

[*] Ivanhoé (1820) de Walter Scott (avec l’introduction de la dernière édition d’Edimbourg, 1830), traduction de François-Victor Hugo, Classiques étrangers Maxi-Poche, Maxi-Livres Profrance [Paris], août 1998 ; 512 pages [10 F].

Publié dans Littérature

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