"La Reine Margot" d'Alexandre Dumas

Publié le par Michel Sender

"La Reine Margot" d'Alexandre Dumas

« Le lundi, dix-huitième jour du mois d’août 1572, il y avait grande fête au Louvre.

Les fenêtres de la vieille demeure royale, ordinairement si sombres, étaient ardemment éclairées ; les places et les rues attenantes, habituellement si solitaires dès que neuf heures sonnaient à Saint-Germain-l’Auxerrois, étaient, quoiqu’il fût minuit, encombrées de populaire.

Tout ce concours menaçant, pressé, bruyant, ressemblait, dans l’obscurité, à une mer sombre et houleuse dont chaque flot faisait une vague grondante ; cette mer, épandue sur le quai, où elle se dégorgeait par la rue des Fossés-Saint-Germain et par la rue de l’Astruce, venait battre de son flux le pied des murs du Louvre et de son reflux la base de l’hôtel de Bourbon qui s’élevait en face.

Il y avait, malgré la fête royale, et même peut-être à cause de la fête royale, quelque chose de menaçant dans ce peuple ; car il ne se doutait pas que cette solennité, à laquelle il assistait comme spectateur, n’était que le prélude d’une autre remise à huitaine, et à laquelle il serait convié et s’ébattrait de tout son cœur.

La cour célébrait les noces de Mme Marguerite de Valois, fille du roi Henri II et sœur du roi Charles IX, avec Henri de Bourbon, roi de Navarre. En effet, le matin même, le cardinal de Bourbon avait uni les deux époux avec le cérémonial usité pour les noces des filles de France, sur un théâtre dressé à la porte de Notre-Dame. » [*]

 

Dans un premier temps (voir mon précédent article sur ce blog le 18 septembre 2020), je n’avais pas l’intention de relire La Reine Margot mais, très vite, bien entendu, j’ai été pris par le charme du texte.

Paru en feuilleton dans La Presse puis chez Garnier Frères (en six volumes) en 1845, La Reine Margot se trouve au cœur de l’intense collaboration d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet, du cycle des Mousquetaires à la trilogie des guerres de Religion ou des Valois (qu’entame La Reine Margot, suivi de La Dame de Monsoreau et des Quarante-Cinq) en passant par Le Comte de Monte-Christo, tous menés de front pour différents journaux.

La Reine Margot dans son action se déroule de 1572 (le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre) à 1574 (la mort de Charles IX) et nous plonge presque immédiatement dans la terrible nuit du 24 août 1572 (la Saint-Barthélemy) et les massacres des jours suivants.

On comprend que les intrigues sont légion entre le roi (Charles IX) et ses frères, le duc d’Anjou (le futur Henri III) et le comte d’Alençon (François, qui ne sera jamais roi), sa sœur Marguerite (Margot, épouse donc du futur Henri IV) et leur mère, la redoutable Catherine de Médicis.

Évidemment, Alexandre Dumas se moque des dates et de la chronologie historique exacte : dans cette édition du Livre de Poche, Éliane Viennot nous l’explique abondamment dans des notes fournies mais sans excès scolaire. Jacques Laurent, de son côté, loue avec brio le style et le bonheur romanesque du livre.

Dès le départ, nous sommes conquis de la rencontre entre Annibal de Coconnas et Joseph Boniface de La Mole, de leurs affrontements sanglants puis de leur amitié indélébile et de leurs amours : Coconnas avec Henriette de Nevers et La Mole avec Marguerite, des relations brûlantes et tragiques (ce n’est qu’en cours de lecture que je me suis souvenu du Rouge et le Noir de Stendhal, de Mathilde de La Mole et Julien Sorel, etc.).

Henri de Navarre, quant à lui, court le guilledou avec Charlotte de Sauve, une des suivantes de Catherine de Médicis — une Catherine de Médicis, la reine mère, terrifiante : empoisonneuse, avec la complicité du parfumeur René ; meurtrière, avec son sicaire l’assassin Maurevel.

Nous croisons encore le médecin Ambroise Paré, le courageux gentilhomme de Mouy de Saint-Phale, l’hôtelier La Hurière d’À la Belle Étoile, et même le bourreau, maître Caboche…

Tous ces personnages (la plupart inspirés de l’Histoire réelle mais souvent réinventés) composent un roman vivace, drôle, enlevé, mais aussi sinistre (l’horreur du Massacre de la Saint-Barthélemy ; la mort pathétique de Charles IX) et dénonciateur sur la torture et les exécutions.

Une des œuvres maîtresses (à l’instar par exemple des Trois Mousquetaires) du duo Alexandre Dumas-Auguste Maquet, un attelage détonant qui a fait des miracles !

 

Michel Sender.

 

[*] La Reine Margot (1845) d’Alexandre Dumas [et Auguste Maquet], préface de Jacques Laurent, postface, notes et annexes d’Éliane Viennot, Le Livre de Poche Classiques, Librairie Générale Française [mai 1994], Paris, août 2018 ; 768 pages, 6,10 €.

Publié dans Littérature

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