Le premier lundi des "Trois Mousquetaires"

Publié le par Michel Sender

Le premier lundi des "Trois Mousquetaires"

« Le premier lundi du mois d’avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l’auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s’enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d’endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d’un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l’hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s’empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

En ce temps-là les paniques étaient fréquentes, et peu de jours se passaient sans qu’une ville ou l’autre enregistrât sur ses archives quelque événement de ce genre. Il y avait les seigneurs qui guerroyaient entre eux ; il y avait le roi qui faisait la guerre au cardinal ; il y avait l’Espagnol qui faisait la guerre au roi. Puis, outre ces guerres sourdes ou publiques, secrètes ou patentes, il y avait encore les voleurs, les mendiants, les huguenots, les loups et les laquais, qui faisaient la guerre à tout le monde. Les bourgeois s’armaient toujours contre les voleurs, contre les loups, contre les laquais, — souvent contre les seigneurs et les huguenots, — quelquefois contre le roi, — mais jamais contre le cardinal et l’Espagnol. Il résulta donc de cette habitude prise, que, ce susdit premier lundi du mois d’avril 1625, les bourgeois, entendant du bruit, et ne voyant ni le guidon jaune et rouge, ni la livrée du duc de Richelieu, se précipitèrent du côté de l’hôtel du Franc Meunier.

Arrivé là, chacun put voir et reconnaître la cause de cette rumeur. » [*]

 

Je suis reparti dans une phase Dumas : en novembre dernier — voir ce blog les 25 et 26 novembre 2019 —, j’avais lu successivement La Tulipe noire et Gabriel Lambert.

Ces jours-ci, j’ai d’abord commencé La Dame de Monsoreau, tout à fait passionnant, avant de m’apercevoir que l’édition dans laquelle je le lisais (J’ai Lu 1985) avait de nombreuses coupures ! Décidément.

Le temps de trouver en librairie une autre version (on m’a promis un Garnier-Flammarion à commander), j’ai bien entamé (je vous en reparlerai) La Reine Margot dans l’édition du Livre de Poche (l’exemplaire dont je disposais, sous forme de magazine, de la collection « Les Classiques dans la Rue » sans date mais avec une photo d’Isabelle Adjani, s’est avéré truffé de coquilles) et je démarre donc la « Trilogie des Valois ».

Dans le même temps, il m’est revenu que ma dernière lecture des Trois Mousquetaires avait été en « J’ai Lu » (ouvrage que je n’ai plus sous la main pour pouvoir en vérifier l’intégralité du texte) pendant des vacances et du coup j’ai ressorti l’ancienne édition (préfacée par Roger Nimier) du Livre de Poche années soixante.

Par curiosité, j’ai aussi consulté Wikisource et, horreur, l’incipit des Trois Mousquetaires (chapitre premier, « Les trois présents de M. d’Artagnan père ») est différent, par la date mentionnée, de mon édition. Cela commence ainsi :

« Le premier lundi du mois d’avril 1626… » — soit un an plus tard !

Il y a ensuite plusieurs variantes que je vous laisse découvrir par vous-même jusqu’au troisième paragraphe (« Arrivé là, chacun put reconnaître la cause de cette rumeur. ») ou le verbe « voir » (de « voir et reconnaître ») a disparu.

Je n’ai pas opéré plus de sondages, mais tout de même la discordance des dates (1625 ou 1626), même si Alexandre Dumas joue grandement avec, me gênait.

Wikisource a travaillé sur une digitalisation Google de l’édition Dufour et Mulat 1849 qui, comme celles de Fellens et Dufour (1846, tamponnée 1849), Lecrivain et Toubon (18 ?) ou Marescq (1883), la plupart illustrées et disponibles sur Gallica, donnent « 1626 ».

En revanche, le « Le premier lundi du mois d’avril 1625 » correspond  au texte du feuilleton du Siècle (la première page est donnée en illustration de l’article « Alexandre Dumas » de Wikipedia), à l’édition Baudry de 1844 (huit volumes consultables sur Gallica) et des éditions Michel Lévy ou Calmann-Lévy qui ont suivi, reprises chez Rouff ou en « Bibliothèque Nelson », etc.

Curieux.

 

Michel Sender.

 

[*] Les Trois Mousquetaires (1844) d’Alexandre Dumas [et Auguste Maquet], introduction de Roger Nimier, « La vie et l’œuvre d’Alexandre Dumas » par Geneviève Bulli, Librairie Générale Française 1961, Le Livre de Poche, Paris, 4e trimestre 1965 ; 704 pages.

Publié dans Littérature

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