Cinéma et littérature : "Le Stade de Wimbledon"

Publié le par Michel Sender

Cinéma et littérature : "Le Stade de Wimbledon"

« Ce n’était qu’un léger somme, de ceux qui ne durent qu’une demi-heure, mais ensuite il faut tout reprendre à zéro. Ce sont là des procédures normales de la continuité et, installé dans le train, je peux les entreprendre avec délicatesse. Tout d’abord, je me suis contenté d’écouter : nous sommes à l’arrêt, mais non pas dans une gare, c’est trop silencieux ; par ailleurs, la halte paraît trop résignée pour qu’il s’agisse d’une voie fermée. » [*]

 

Après ma relecture de La Légende de la géographie de Gilles Lapouge, mon esprit en spirale a voulu regarder en dvd (un dvd que je n’ai trouvé que récemment sans l’avoir jamais visionné) Le Stade de Wimbledon, film de Mathieu Amalric sorti en 2002, d’après le livre de Daniele Del Giudice, et dont on peut dire qu’il s’agit véritablement d’un film géographique.

Également un road movie, le film de Mathieu Amalric de plus met littéralement en images le parcours initiatique du livre, en nous permettant de voir brutalement les lieux (Trieste et ses librairies, ses cafés, sa gare centrale, son port et ses bains de mer ; Wimbledon, son parc et son stade) et les moyens de transports (les trains, les autobus, les taxis — l’avion n’est que suggéré dans le film) utilisés par le narrateur.

Dans le film de Mathieu Amalric, il s’agit d’une narratrice (Jeanne Balibar), jeune femme silencieuse concentrée sur sa recherche, qui lui donne une nouvelle dimension mais n’en change aucunement le sujet, et lui apporte même une intensité-distanciation complémentaire.

Ce changement manifestement n’a pas déplu à l’auteur qui, dans le Malus de Mathieu Amalric, s’amuse de la première édition française de son livre où le e de son prénom avait été supprimé pour que les lecteurs hexagonaux ne croient pas qu’il s’agissait d’une femme. (Le même problème pourrait se poser avec le prénom italien Michele.)

Le Stade de Wimbledon reste de toute façon un objet atypique, dont le titre n’a rien à voir vraiment avec le thème, au point que ni la première couverture représentant un tennisman, ni l’affiche avec une femme sur une planche, n’en font comprendre le fond.

Car Le Stade de Wimbledon de Daniele Del Giudice (dont Mathieu Amalric a gardé parfaitement la motivation et l’ambiance) interroge l’écriture et le récit à travers la personnalité peu connue de Roberto Bazlen (familièrement appelé « Bobi »), écrivain et éditeur n’ayant jamais lui-même écrit de livre, né à Trieste, ville cosmopolite et spécifique, à la croisée de l’Europe, dont les romanciers et poètes (Italo Svevo ou Umberto Saba), sans parler de l’influence de James Joyce qui y vécut, ont marqué la littérature.

Ainsi, les deux Stade de Wimbledon se complètent utilement et magnifiquement.

 

Michel Sender.

 

[*] Le Stade de Wimbledon (Lo Stadio di Wimbledon, Einaudi, 1983) de Daniel[e] Del Giudice, préface d’Italo Calvino, traduit de l’italien par René de Ceccaty (avec une « Postface en forme d’entretien avec l’auteur »), éditions Rivages, Paris et Marseille, 3e trimestre 1985 ; 152 pages, 55 F.

Cinéma et littérature : "Le Stade de Wimbledon"

DVD [2003 ?] : Le Stade de Wimbledon, un film de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar, Anna Prucnal, Esther Gorintin… d’après le roman de Daniele Del Giudice Lo Stadio di Wimbledon, Gémini Vidéo éditions © 2001 Gemini Films ; durée du film : 1 h 10 (inclus Malus, post-scriptum de 18 minutes réalisé par Mathieu Amalric autour du film). [Gemini Films était la société du producteur portugais Paulo Branco.]

Publié dans Littérature

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