"La Dame de Monsoreau" d'Alexandre Dumas

Publié le par Michel Sender

"La Dame de Monsoreau" d'Alexandre Dumas

« Le dimanche gras de l’année 1578, après la fête du populaire, et tandis que s’éteignaient dans les rues les rumeurs de la joyeuse journée, commençait une fête splendide dans le magnifique hôtel que venait de se faire bâtir, de l’autre côté de l’eau et presque en face du Louvre, cette illustre famille de Montmorency qui, alliée à la royauté de France, marchait l’égale des familles princières. Cette fête particulière, qui succédait à la fête publique, avait pour but de célébrer les noces de François d’Épinay de Saint-Luc, grand ami du roi Henri III et l’un de ses favoris les plus intimes, avec Jeanne de Cossé-Brissac, fille du maréchal de France de ce nom.

Le repas avait eu lieu au Louvre, et le roi, qui avait consenti à grand’peine au mariage, avait paru au festin avec un visage sévère qui n’avait rien d’approprié à la circonstance. Son costume, en outre, paraissait en harmonie avec son visage ; c’était ce costume marron foncé sous lequel Clouet nous l’a montré assistant aux noces de Joyeuse, et cette espèce de spectre royal, sérieux jusqu’à la majesté, avait glacé d’effroi tout le monde, et surtout la jeune mariée, qu’il regardait fort de travers toutes les fois qu’il la regardait.

Cependant cette attitude sombre du roi, au milieu de la joie de cette fête, ne semblait étrange à personne ; car la cause en était un de ces secrets de cour que tout le monde côtoie avec précaution, comme ces écueils à fleur d’eau auxquels on est sûr de se briser en les touchant. » [*]

 

Débutant environ six ans après la Saint-Barthélemy et quatre ans après la mort de Charles IX (ce que nous avons vu dans La Reine Margot), La Dame de Monsoreau, publiée dans  Le Constitutionnel du 27 août 1845 au 12 février 1846 puis la même année chez Pétion en huit volumes, poursuit la « Trilogie des Valois » d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet.

L’ancien duc d’Anjou est devenu Henri III et François d’Alençon nouveau duc d’Anjou. Catherine de Médicis n’apparaît quasiment plus mais Anjou continue de comploter contre son frère avec les Guises suite à la création de la Ligue dont Henri III, pour leur couper l’herbe sous le pied, va prendre la tête.

Nous découvrons le nouveau roi entouré de ses « mignons » mais aussi d’un « fou », Chicot, qui bien sûr exprime tout haut ce que son maître ne peut pas dire, et qui passe une grande partie de son temps également avec Gorenflot, un moine goinfre et soûlographe, exubérant et couard, qui l’informe des complots.

Mais le vrai méchant du livre est le grand veneur du roi, Monsoreau, un homme fourbe et lâche qui a réussi à se faire épouser par Diane de Méridor, pourchassée par le duc d’Anjou et dont le père recherchait un soutien.

Or, censément attaché au duc d’Anjou, Bussy d’Amboise tombe follement amoureux de Diane de Monsoreau…

Roman historique comme toujours très librement inspiré de l’Histoire, La Dame de Monsoreau s’avère en fait, après la noirceur extrême de La Reine Margot, plutôt comme un ouvrage romantique et romanesque, transcendé par la passion amoureuse de Bussy (plein de droiture chevaleresque) et de Diane (femme empêchée et néanmoins libre).

Et puis, comme dans Les Trois Mousquetaires (et aussi La Reine Margot), en plus d’un humour ravageur servi par le pittoresque de ses personnages secondaires (notamment Chicot et Gorenflot), Dumas célèbre l’amitié salutaire, celle de Bussy et de Saint-Luc (dont le mariage a ouvert le bal), puis de Bussy et de Remy le Haudoin, jeune médecin téméraire et fidèle.

Alexandre Dumas enchaîne ainsi scènes sur scènes avec une maestria dramatique et drôle qui nous enchante et, littéralement, nous ravit.

 

Michel Sender.

 

[*] La Dame de Monsoreau (1846) d’Alexandre Dumas [et Auguste Maquet], présentation, chronologie  et bibliographie par Jacques Bony, bibliographie mise à jour (2016) par Sylvain Ledda, GF Flammarion, Paris, février 2016 ; 992 pages, 11,80 €.

À Lune, dite « la Vieille Moune » (2008 ?-2020)

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Publié dans Littérature

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Jacqueline SIMON 17/10/2020 17:08

Bonjour Michel, quelle joie de te retrouver !
J'espère que tu vas bien.
Echange d'informations, j'ai créé un groupe historique sur Facebook "Passé présent".
Bien sûr, tu es invité.
Bisous.
Jacqueline

Michel Sender 18/10/2020 06:33

Chère Jacqueline, je survis. Je n'ai toujours pas de compte face-de-bouc...
Bien amicalement, M. S.