Librairies chéries

Publié le par Michel Sender

Librairies chéries

La librairie Saint-Augustin est située à Lyon, au 20 de la rue d’Algérie, à proximité de l’Hôtel de ville, grand édifice qui domine la place des Terreaux sur laquelle trône l’imposante fontaine Bartholdi. Cette librairie a été créée en 1880 par Louis Crozier. C’était un catholique convaincu et un grand admirateur de Saint Augustin. C’est d’ailleurs en l’honneur de celui-ci qu’il avait choisi de donner le nom du saint à son commerce : « Librairie Saint-Augustin ». [*]

 

Je n’ai pas connu la Librairie Saint-Augustin mais la Librairie des Terreaux qui lui a succédé en 1977 et que tenait Jean Honoré, libraire et éditeur.

Librairies chéries

Des bacs et des tables étaient installés sur les trottoirs et l’on y trouvait plein de livres bon marché, notamment de la collection « La Petite Ourse » de la Guilde du Livre de Lausanne. À l’intérieur on pouvait acheter de grands classiques lyonnais : Le Littré de la Grand’Côte de Nizier du Puitspelu (que Jean Honoré avait réédité), mais aussi Calixte ou l’introduction à la vie lyonnaise de Jean Dufourt et de nombreuses monographies, des ouvrages d’auteurs locaux… La Librairie des Terreaux a fermé en 2010, il y a dix ans.

Dans ma jeunesse, en dehors de « Sainte-Cécile » et de « Flamme » à Vaise (voir ce blog le 24 octobre 2009 : « Lettres à nos libraires »), ma mère m’emmenait chez Flammarion, librairie sur plusieurs étages, installée place Bellecour et dont les vendeurs (en fait des libraires) étaient toujours de bon conseil. (Aujourd’hui il y a un Monoprix, je crois.)

Librairies chéries
Librairies chéries

Plus tard, j’ai connu La Proue (ah, la famille Péju) et les Nouveautés (il me semble que Robert Bouvier avait tenu précédemment la Librairie du Parc, près du lycée du même nom et, tout simplement, du Parc de la Tête-d’Or), librairies « littéraires » organisant des signatures (La Proue avait même un petit bulletin et réalisait des expositions).

Le papier kraft pour couvrir les livres

Le papier kraft pour couvrir les livres

Place Bellecour, il reste Decitre (qui a essaimé un peu partout dans la région et sur le Net) et puis il y a la FNAC, rue de la Ré, qui, dans la librairie (malgré les vives polémiques sur le prix unique) et culturellement a joué un très grand rôle dès son installation, à l’emplacement du Progrès, à deux pas du cinéma Pathé.

Tout à côté, dans le même secteur, il ne faut pas oublier Gibert (qui existe toujours), très important pour les étudiants et les autodidactes curieux, ni d’ailleurs la Librairie Fournier, quai Jules-Courmont, hélas disparue.

Rue Victor-Hugo, l’ouverture d’un des premiers Maxi-Livres réjouissait les boulimiques comme moi (maintenant, il y a une enseigne de mangas, remarquable, qui vend aussi des occasions).

Car, si j’adore les librairies classiques, je ne dédaigne absolument pas les Clubs (Rencontre, le Grand Livre du Mois ou France Loisirs ont eu des   boutiques à Lyon), ni les marchands de journaux qui vendent des livres ou des livraisons par fascicules, ni les relais des gares ou des aéroports, ni les vendeurs sur les marchés, ni, non plus d’ailleurs, les supermarchés : je n’oublierai personnellement jamais le tourniquet de livres de poche du Grand Bazar de Vaise, ni les soldes du rayon Livres des Nouvelles Galeries de Bron.

Il faudrait aussi parler des bibliothèques, des écoles, des collèges et des lycées, universitaires ou municipales… première acception de la « librairie » tant vantée par Montaigne.

Je plaide pour un accès multiple aux livres (vous savez que je ne dédaigne ni Gallica ni Internet Archive ni Google Books) et j’ai constaté, comme beaucoup, qu’Internet a bouleversé l’accès au fonds de la librairie qui n’est pratiquement plus disponible dans les magasins physiques.

Mais les dernières mesures gouvernementales liées au coronavirus sont absurdes et relèvent même d’une grave incompétence.

Les Français avaient accepté le premier confinement, mais ils ne comprennent pas de ne plus pouvoir entrer dans une librairie alors qu’ils sont bons pour prendre les transports en commun, aller travailler ou fréquenter les établissements scolaires !

Supprimer ensuite les biens culturels des supermarchés relève en fait d’un moins-disant généralisé et idiot, d’une espèce de dumping sociétal bien caractéristique du néo-libéralisme technocratique de nos « élites » — qui, il faut bien le constater, ont littéralement perdu le sens commun.

 

Michel Sender.

 

[*] Une famille de libraires dans la Résistance (1939-1945). Librairie Crozier - Saint-Augustin de Jean-Luc de Uffredi, éditions Les Passionnés de bouquins, 36 impasse du Tonkin, 69290 Craponne, avril 2009 ; 104 pages, 10 € (réimpression de mai 2013).

Publié dans Littérature

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