"Pindare" de Marguerite Yourcenar

Publié le par Michel Sender

"Pindare" de Marguerite Yourcenar

« Il naquit à Cynoscéphales, faubourg de Thèbes, au mois d’août, dans la troisième année de la soixante-cinquième Olympiade.

C’était l’époque de la pleine lune éblouissante et de la splendeur de Sirius. « Alors, dit Hésiode, les chèvres sont grasses, le vin bon, les femmes très lascives et les hommes accablés de faiblesse, parce que la chaleur de Sirius dessèche le corps. » Nul doute que ces vers, déjà vieux d’environ deux siècles, n’aient été souvent répétés autour du berceau. Le sérieux poète d’Ascra, paisiblement occupé de petits faits de la vie journalière, devait être aimé par ces Thébains respectueux des traditions. L’on peut croire que la mère et les nourrices, remontant par la pensée de l’accouchement à la conception, s’inquiétèrent de savoir quel jour du mois l’enfant avait été engendré, car plusieurs sont propices à la génération des mâles, d’autres funestes ; Hésiode lui-même reconnaît que la plupart sont incertains. » [*]

 

C’est curieusement la lecture de La Maison du retour de Jean-Paul Kauffmann, où il mentionne à plusieurs reprises Virgile et ses Géorgiques, que j’en suis venu aux Bucoliques du même Virgile puis à Alexis ou le Traité du vain Combat de Marguerite Yourcenar, inspiré — comme le Corydon de Gide — de la deuxième Églogue, et ensuite à son Pindare.

Pindare, écrit en fait avant Alexis, fut rejeté par la suite par Marguerite Yourcenar (qui le présentait comme une « biographie romancée ») et jamais réédité, sauf en 1991 dans le tome Essais et Mémoires de « La Pléiade », rubrique « Textes oubliés ».

Mon exemplaire, sans doute acheté dans une librairie d’occasion (mention au crayon : « en l’état 50— »), est relié artisanalement sous toile blanche en ayant conservé à l’intérieur la couverture d’origine, qui ressemble graphiquement à celles des biographies de Stefan Zweig. Le texte, très aéré, est imprimé sur un papier Alfax Navarre bien conservé et agréable à lire.

Pindare, dédié (en anglais)

TO

MY DEAREST

CHRISTINE DE CRAYENCOUR

In memory of happy days in Italy

and in Provence

se partage en trois parties : « La Jeunesse », « L’Œuvre  » et « La Maturité et la Vieillesse ».

Pindare (environ 518-438 avant Jésus-Christ) reste un poète grec lyrique dont l’œuvre semble aujourd’hui bien oubliée.

Marguerite Yourcenar (à l’instar d’autres écrivains de sa génération : j’ai personnellement pensé aux Olympiques de Montherlant) met en avant le héraut du sport et de l’effort physique : « Les athlètes de Pindare ont la beauté particulière à leur époque et à leur race, précise-t-elle. (…) La gymnastique, du moins, donnait à ces corps la souplesse. Le soleil leur donnait le hâle. Les lutteurs, les coureurs, les pugilistes, les lanceurs du disque ou du javelot étaient nus ; les auriges, maîtres de chevaux « aux jambes infatigables », tranchaient par leur longue tunique blanche sur ces nudités couleur de bronze. »

Elle évoque la « finesse mondaine » du poète, « chantre fort solennel des vertus graves », aux « images denses et brèves » (« C’est ce qui contribue à sa réputation d’hermétisme », ajoute-t-elle), « d’un goût sans tache », et nous parle longuement de la musicalité initiale des odes antiques, dont les partitions sont perdues.

Car, prélude à La Couronne et la Lyre (anthologie de poésie grecque ancienne conçue à l’âge de la maturité), le Pindare, livre de jeunesse, marque avant tout l’admiration énorme de Marguerite Yourcenar pour la civilisation hellénique et romaine qui transparaîtra dans toute la suite de son œuvre.

 

Michel Sender.

 

[*] Pindare de Marguerite Yourcenar, éditions Grasset, Paris, avril 1932 ; 296 pages (8e édition).

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article