"La Mère morte" de Blandine de Caunes

Publié le par Michel Sender

"La Mère morte" de Blandine de Caunes

« Je me souviens qu’au début on ne voulait pas voir, pas savoir, pas comprendre, ma sœur et moi. Pourtant, on la connaissait cette garce. Nicole Groult, notre grand-mère, et Flora, la sœur cadette de maman, ont eu un Alzheimer. Mais bon, pas maman, pas elle… qui était d’ailleurs persuadée, vu son âge, qu’elle était protégée. Et nous aussi, on voulait s’en persuader.

Ça a commencé… Mais quand commence une telle chose ? Quels sont les signes avant-coureurs ?  Comment démêler les petites atteintes de la mémoire et du comportement, normales à partir d’un certain âge, d’une vraie maladie qui s’installe ? Et surtout, quand accepte-t-on d’en tirer les conséquences, c’est-à-dire de limiter la liberté de la personne aimée et si longtemps toute-puissante ? » [*]

 

Dans La Mère morte, Blandine de Caunes, longtemps attachée de presse et éditrice chez Stock puis chez Phébus, raconte les derniers mois de sa mère, Benoîte Groult, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

C’est une maladie terrifiante qui, avec le vieillissement de  la population, touche malheureusement de plus en plus de personnes et qui impacte et bouleverse terriblement les « accompagnants », la famille très proche.

En 2015 et 2016, Blandine de Caunes, avec sa sœur Lison (toutes les deux sont les filles de Benoîte Groult et Georges de Caunes, élevées ensuite par Paul Guimard), traverse donc cette épreuve et ce calvaire (elle parle de sa « Maman, enterrée vivante dans la maladie ») dans un déchirement d’autant plus insupportable que sa mère représentait un exemple extraordinaire de femme libre, intellectuelle et écrivaine, féministe et engagée, lucide, brillante et courageuse toute sa vie [**].

Dans de nombreux retours en arrière, et aidée par la lecture de ses journaux intimes, Blandine de Caunes témoigne de tout cela et rend hommage à Benoîte Groult qui, par ailleurs, militait activement pour le droit de mourir dans la dignité, évoqué par elle notamment dans La Touche étoile

C’est alors que, confrontée pour sa mère à ce grave dilemme, Blandine de Caunes se trouve anéantie par la mort brutale, dans un accident de voiture, de sa fille Violette, âgée de trente-six ans et mère d’une petite fille, Zélie.

Ainsi, La Mère morte, tombeau livresque des morts de mères, aux multiples sens, se transforme en traversée de la douleur maternelle et d’interrogations sur comment surmonter les deuils et redécouvrir, malgré tout, le goût de l’existence.

 

Michel Sender.

 

[*] La Mère morte de Blandine de Caunes [éditions Stock, janvier 2020], éditions de Noyelles [France Loisirs], Paris, novembre 2020 ; 304 pages.

(Illustration de couverture : Isabelle Dejoie)

(Illustration de couverture : Isabelle Dejoie)

[**] J’ai relu Histoire d’une évasion (Grasset, 1997 ; Le Livre de Poche, 1999) de Benoîte Groult, écrit « avec l’intervention de Josyane Savigneau », première mouture semble-t-il de Mon évasion, autobiographie (Grasset, 2008), dont les dernières lignes disent tout :

« Tant que je saurai où demeurer, tant que je serai accueillie en arrivant par le sourire de mes jardins, tant que j’éprouverai si fort le goût de retourner et non celui de fuir ; tant que la terre n’aura perdu aucune de ses couleurs, ni la mer de sa chère amertume, ni les hommes de leur étrangeté, ni l’écriture et la lecture de leurs attraits ; tant que mes enfants me ramèneront aux racines de l’amour, la mort ne pourra que se taire.

Moi vivante, elle ne parviendra pas à m’atteindre. »

Publié dans Littérature

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