"Une Jeune Fille du Sud" d'Anne Rivers Siddons

Publié le par Michel Sender

"Une Jeune Fille du Sud" d'Anne Rivers Siddons

« Avant de retourner à l’université, pour sa dernière année d’études, Maggie Deloach avait eu droit à un défilé des Amis de l’Elan (organisme de charité) ; à un ballet aquatique, à la piscine municipale, dans lequel elle avait tenu la vedette, avec un dos crawlé mal assuré et un visage d’Ophélie ; à un diadème en strass, prêté par une chaîne de bijouterie fantaisie d’Atlanta ; à un discours délivré par le gouverneur, et à un singe dépenaillé, qu’un jeune membre du Syndicat d’initiative tenait en laisse.

On célébrait le Centenaire de sa ville, Lytton, une bourgade écrasée de soleil qui s’étirait de part et d’autre de la voie ferrée Atlanta-West Point, au sud d’Atlanta. Si l’on avait choisi Maggie comme reine, c’était surtout à cause de ses interminables jambes bronzées, de ses grands yeux en amande d’un brun surprenant, de sa robe-ballon d’organdi vert pomme assortie d’un chapeau, de son père attorney qui connaissait le gouverneur depuis les bancs de la Faculté de droit, et d’une lettre de ce même gouverneur qui, à l’époque, aurait pu lui ouvrir les portes de n’importe quelle université du Sud. Mais ses notes et ses antécédents, acquis les uns comme les autres sans le moindre effort de sa part, l’avaient déjà amenée sans dommages en fin de premier cycle d’études, et lui auraient amplement suffi pour continuer. Dans le Sud des années cinquante, il n’en fallait pas plus.  » [*]

 

C’est le succès de La Géorgienne (Peachtree Road, 1988), paru aux Presses de la Cité en 1989, qui, l’année suivante, provoqua la traduction en français de Heartbreak Hotel (1976), le premier roman d’Anne Rivers Siddons (1936-2019).

Heartbreak Hotel (« Hôtel des cœurs brisés ») fait référence à une chanson interprétée par Elvis Presley en 1956 (ce qui correspond à l’année pendant laquelle se déroule le roman) mais les éditeurs français ont préféré le titre Une Jeune Fille du Sud.

De fait, le livre recoupe des éléments autobiographiques de la vie de l’auteure : née et élevée à Fairburn (Lytton dans le roman) en Géorgie, près d’Atlanta, Anne Rivers Siddons a étudié à l’université d’Auburn (Randolph dans le livre) en Alabama, où un article favorable à l’intégration des Noirs publié dans le journal du campus lui provoqua des ennuis…

C’est tout à fait ce que vit Maggie Deloach, l’héroïne d’Une Jeune Fille du Sud, très impliquée dans la sororité Kappa Alpha (dans la réalité Delta Delta Delta) de la Faculté et plus ou moins « fiancée » à un certain Boots, fils de grands propriétaires du Mississippi.

Tout réussit à Maggie lors de cette session de l’été 1956. Elle est reconnue par ses « sœurs » à la maison des Kappa où elle réside, bonne élève appréciée des professeurs, une jeune femme dynamique passionnée de littérature et qui écrit dans le journal local de l’université.

Mais, petit à petit, tout se délite : ses amies proches souffrent dans leurs relations amoureuses ou décident de partir et elle-même, confrontée au milieu familial de son petit ami Boots, des « Blancs du Sud » racistes et infects, n’en supporte plus la fréquentation et dessille totalement son esprit, les événements de Montgomery, en Alabama, lui ouvrant les yeux…

L’air de rien, avec Une Jeune Fille du Sud, roman d’apprentissage et d’éducation amoureuse, Anne Rivers Siddons a magnifiquement retracé l’atmosphère des universités du Sud des États-Unis dans les années cinquante et le contexte littéralement étouffant de cette époque sous couvert de « fureur de vivre » et de ségrégation.

 

Michel Sender.

 

[*] Une Jeune Fille du Sud (Heartbreak Hotel, 1976) d’Anne Rivers Siddons, traduit par Claire Fargeot [Presses de la Cité, 1990], éditions France Loisirs, Paris, mai 1991 ; 288 pages, 78 F (cartonné sous jaquette).

À Plume, dite « Blanchette » (2009-2021)

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Publié dans Littérature

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