"Émaux et Camées" de Théophile Gautier

Publié le par Michel Sender

"Émaux et Camées" de Théophile Gautier

ODELETTE ANACRÉONTIQUE

 

Pour que je t’aime, ô mon poëte,

Ne fais pas fuir par trop d’ardeur

Mon amour, colombe inquiète,

Au ciel rose de la pudeur.

 

L’oiseau qui marche dans l’allée

S’effraye et part au moindre bruit ;

Ma passion est chose ailée

Et s’envole quand on la suit.

 

Muet comme l’Hermès de marbre,

Sous la charmille pose-toi ;

Tu verras bientôt de son arbre

L’oiseau descendre sans effroi.

 

Tes tempes sentiront près d’elles,

Avec des souffles de fraîcheur,

Une palpitation d’ailes

Dans un tourbillon de blancheur,

 

Et la colombe apprivoisée

Sur ton épaule s’abattra,

Et son bec à pointe rosée

De ton baiser s’enivrera.

 

THÉOPHILE GAUTIER

 

Émaux et Camées (Reproduction complète de l’édition définitive 1872) de Théophile Gautier, introduction de Jean Pommier, notes et lexique de Georges Matoré, « Textes littéraires français », Librairie Giard, Lille et Librairie Droz, Genève, 1947 ; XVI + 212 pages.

Publié dans Littérature

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