"La Confession d'un enfant du siècle" d'Alfred de Musset

Publié le par Michel Sender

"La Confession d'un enfant du siècle" d'Alfred de Musset

« Pour écrire l'histoire de sa vie, il faut d'abord avoir vécu ; aussi n'est-ce pas la mienne que j'écris.

Ayant été atteint, jeune encore, d'une maladie morale abominable, je raconte ce qui m'est arrivé pendant trois ans. Si j'étais seul malade, je n'en dirais rien ; mais, comme il y en a beaucoup d'autres que moi qui souffrent du même mal, j'écris pour ceux-là, sans trop savoir s'ils y feront attention ; car, dans le cas où personne n'y prendrait garde, j'aurai encore retiré ce fruit de mes paroles, de m'être mieux guéri moi-même, et, comme le renard pris au piège, j'aurai rongé mon pied captif. » [*]

 

La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset, dont le chapitre II de la première partie fut prépublié dans le numéro du 15 septembre 1835 de La Revue des Deux Mondes, parut en février 1836 en deux volumes (disponibles sur Gallica) chez Félix Bonnaire éditeur. (Félix Bonnaire, qui travaillait également à La Revue de Paris, était un des collaborateurs proches de François Buloz, directeur de La Revue des Deux Mondes.)

Ce livre (son seul roman) reste célèbre comme document reprenant des traces autobiographiques de la vie d’Alfred de Musset et intervenant après la liaison qu’il avait eue avec George Sand.

Les éléments de cette relation et surtout de leur rupture ont donné lieu à de multiples interprétations et fait l’objet de plusieurs romans, tous parus après la mort d’Alfred de Musset en 1857, notamment Elle et Lui de George Sand et Lui et Elle de Paul de Musset en 1859, Lui de Louise Colet en 1860.

Mais, en fait, dans La Confession d’un enfant du siècle Alfred de Musset prend tous les torts et s’éloigne grandement de la réalité précise, ne souhaitant que témoigner d’une manière générale et pour sa génération de la « maladie du siècle ».

« Toute la maladie du siècle présent (précise-t-il) vient de deux causes : le peuple qui a passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n’est plus ; tout ce qui sera n’est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux. »

Le personnage principal, Octave, très jeune (Alfred de Musset, né le 11 décembre 1810 n’avait pas encore vingt-trois ans quand il rencontra George Sand en juin 1833), a été trompé par sa première maîtresse et est tombé ensuite dans la débauche et l’alcool.

Après la mort de son père (le père de Musset mourut du choléra en avril 1832), il retourne à sa campagne où il fait la connaissance d’une veuve, Brigitte Pierson, dont il s’éprend. Mais leur amour, en raison de la jalousie maladive d’Octave, ne parvient jamais à se stabiliser et les conduit à la séparation.

Musset a introduit dans l’histoire un certain Smith (que l’on compare au médecin Pagello de la réalité) qui apporte de l’équilibre à Brigitte et en faveur de qui Octave se retire…

Le récit en lui-même aujourd’hui apparaît certes suranné et traînant en longueur. Cependant, le charme du livre tient dans son écriture, extrêmement subtile et raffinée, et par le choix d’Alfred de Musset d’écrire, dans la tradition de Saint-Augustin et de Jean-Jacques Rousseau, des Confessions véritables.

La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset recoupe ainsi les affres et les tourments d’une âme romantique (encore que sa culture se rattache beaucoup au libertinage philosophique du XVIIIe siècle) mais affiche essentiellement les ambitions d’un poète dilettante.

 

Michel Sender.

 

[*] La Confession d’un enfant du siècle (1836) d’Alfred de Musset, Bibliothèque Larousse [1908], Paris, sans date ; 204 pages + illustrations non paginées (dessin « George Sand fumant sa pipe » d’Alfred de Musset et trois compositions de A. Marty), « Prix : 1 fr. 50 (En plus, majoration 30 %) », Quinzième mille. [Cette édition semble suivre le texte revu et corrigé ultérieurement par Musset chez Charpentier.]

Publié dans Littérature

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