Un sonnet d'Alfred de Musset

Publié le par Michel Sender

Un sonnet d'Alfred de Musset

SONNET

 

Se voir le plus possible et s’aimer seulement,

Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,

Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,

Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;

 

Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,

Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,

Et dans cette clarté respirer librement —

Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

 

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,

C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,

C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

 

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,

Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :

Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

 

ALFRED DE MUSSET

 

« Sonnet » dans Poésies nouvelles : Premières Poésies - Poésies nouvelles d’Alfred de Musset, notice et notes de Geneviève Bulli, Le Livre de Poche, Éditions Gallimard et Librairie Générale Française, Paris, 1966 ; 512 pages.

D’après Philippe van Tieghem (Musset, Œuvres complètes, « L’Intégrale », Le Seuil, 1963) : « Ce sonnet date de 1849 et il est sans doute adressé à l’actrice Mme Allan-Despréaux. »

Sur ce blog (« Un poème de Musset », le 26 juin 2010), voir « Chanson » des Premières Poésies : « J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur… »

Publié dans Littérature

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