"Vers dorés" de Gérard de Nerval

Publié le par Michel Sender

"Vers dorés" de Gérard de Nerval

VERS DORÉS

 

Eh quoi ! tout est sensible !

PYTHAGORE.

 

Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant :

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d’amour dans le métal repose ;

« Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

 

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie :

À la matière même un verbe est attaché…

Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

 

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

 

GÉRARD DE NERVAL

"Vers dorés" de Gérard de Nerval

« Vers dorés » dans Les Chimères, en fin du volume Les Filles du Feu (dédié à Alexandre Dumas : « Et puisque vous avez eu l’imprudence de citer un des sonnets composés dans cet état de rêverie supernaturaliste, comme diraient les Allemands, il faut que vous les entendiez tous. — Vous les trouverez à la fin du volume. Ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique d’Hégel ou les mémorables de Swedemborg, et perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible, concédez-moi du moins le mérite de l’expression ; — la dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poëte : c’est à la critique de m’en guérir. »), D. Giraud, libraire-éditeur, Paris, 1854. [BnF Gallica ; Google Books, Bibliothèque nationale de Naples.]

« Vers dorés » était paru sous le titre Pensée antique dans L’Artiste du 16 mars 1845 [disponible sur Gallica]. Variantes : « Des forces que tu tiens ta royauté dispose » (vers 3) ; « Chaque plante est une âme à la nature éclose » (vers 6).

Publié dans Littérature

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