"Illusions perdues" d'Honoré de Balzac

Publié le par Michel Sender

"Illusions perdues" d'Honoré de Balzac

« À l’époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l’encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de provinces. Malgré la spécialité qui la met en rapport avec la typographie parisienne, Angoulême se servait toujours des presses en bois, auxquelles la langue est redevable du mot faire gémir la presse, maintenant sans application. L’imprimerie arriérée y employait encore les balles en cuir frottées d’encre, avec lesquelles l’un des pressiers tamponnait les caractères. Le plateau mobile où se place la forme pleine de lettres sur laquelle s’applique la feuille de papier était encore en pierre et justifiait son nom de marbre. Les dévorantes presses mécaniques ont aujourd’hui si bien fait oublier ce mécanisme, auquel nous devons, malgré ses imperfections, les beaux livres des Elzevier, des Plantin, des Alde et des Didot, qu’il est nécessaire de mentionner les vieux outils auxquels Jérôme-Nicolas Séchard portait une superstitieuse affection ; car ils jouent leur rôle dans cette grande petite histoire. » [*]

 

Souvent, l’adaptation cinématographique d’un chef-d’œuvre donne envie de le relire : il semble d’ailleurs que le « Folio classique » d’Illusions perdues soit réimprimé avec une photographie du film, tandis que Le Livre de Poche se contente d’une bande publicitaire.

Il y a quelques semaines, la sortie d’une adaptation, par Marc Dugain, d’Eugénie Grandet n’a pourtant pas pour moi suscité grand intérêt. La faute en revient assurément au système scolaire qui nous a dégoûtés d’Honoré de Balzac et d’Eugénie Grandet en particulier, même si l’histoire en demeure beaucoup plus accessible…

Illusions perdues et Splendeurs et Misères des courtisanes, qui forment un tout, une somme, plusieurs romans à la fois qui se prêteraient plutôt à des séries télévisées, ont été, de ce fait, préservés de l’étude scolaire qui fait tant de ravages.

Par ailleurs, Illusions perdues s’avère d’une actualité toujours brûlante : on a vu par exemple récemment Éric Zemmour autoéditer son dernier livre chez Rubempré.

Alors, malgré cela, malgré tout, relisons Balzac !

 

Michel Sender.

 

[*] Illusions perdues (Scènes de la vie de province) d’Honoré de Balzac, introduction et notes  d’Andrea Del Lungo, « Classiques Garnier », éditions Garnier et Le Monde, Paris, septembre 2008 ; 672 pages, 9,90 € (cartonné sous coffret).

"Illusions perdues" d'Honoré de Balzac

À noter. L’édition établie, présentée et annotée d’Illusions perdues par Jean-Claude Lieber (collection « L’univers des livres », Presses de la Renaissance, Paris, 1976) donne les trois préfaces (1837, 1839 et 1844) de Balzac à chaque partie, la dédicace générale à Victor Hugo et respecte la division en chapitres, plus aérée.

"Illusions perdues" d'Honoré de Balzac

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