"Insurrection" de Liam O'Flaherty

Publié le par Michel Sender

"Insurrection" de Liam O'Flaherty

« Le lundi de Pâques 1916, à midi, dans la cité de Dublin, O’Connell Street était encombrée de gens en congé. Ils arpentaient les trottoirs de la grande artère dans les deux sens, à partir du monument de Parnell érigé à l’extrémité nord du pont qui enjambe la Liffey du côté sud. D’énormes trams traversaient lentement le centre de la ville avec fracas, oscillant comme des chevaux à bascule le long des rails, leur perche sifflant contre les câbles électriques. Ils apportaient sans cesse de nouvelles cargaisons de banlieusards qu’ils déversaient au pied de la colonne de Nelson, tour altière située exactement au milieu de la rue, symbole de conquête qui domine toute la cité. » [*]

 

C’est la série irlandaise Rebellion [**], diffusée sur Netflix, qui m’a donné envie de me replonger dans des livres de Liam O’Flaherty (1896-1984) et notamment dans Insurrection, qui, comme la série télévisée, raconte la Pâques 1916 de Dublin.

Plus tardif dans son œuvre par rapport à The Informer (Le Mouchard, 1925), Insurrection de Liam O’Flaherty revient sur la révolution irlandaise et plus précisément sur les six jours (du lundi de Pâques 24 avril 1916 au samedi 29) du soulèvement des activistes républicains de l’Irish Citizen Army (l’Armée Civique) et des Irish Volunteers (Volontaires Irlandais) à Dublin.

Dans cette ville, les combats se concentrèrent sur O’Connell Street, l’hôtel Métropole, la Poste centrale (le « central des postes » dans la traduction française de Jacques Papy) et les environs, ce que reprend le roman.

Arrivé le samedi précédent de Liverpool mais originaire du Connemara, Bartly Madden, un ouvrier qui souhaite devenir fermier, s’est fait voler son argent. Il se retrouve sans ressources dans les rues de Dublin et, sur O’Connell Street, rencontre Mary Anne Colgan, ardente républicaine, qui accompagne son fils Tommy défilant avec la troupe des rebelles devant la Poste.

C’est là que le poète Patrick Pearse, accompagné de James Connolly, Tom Clarke, Joseph Mary Plunket et Sean Mac Diarmada, lit la proclamation de la République irlandaise : « Au nom du Seigneur et des générations défuntes qui lui ont légué ses traditions de patriotisme, l’Irlande, par notre bouche, appelle ses enfants à se grouper sous les plis de son drapeau, et tire l’épée pour conquérir sa liberté… »

Brièvement hébergé par Mme Colgan et poussé par elle, Bartly Madden, un gars plutôt fruste mais courageux et vigoureux, se retrouve pris dans des bagarres puis enrôlé dans un petit groupe de soldats dirigé par Michael Kinsella et auquel appartient Tommy Colgan.

De fil en aiguille, Bartly Madden va suivre ces volontaires et, malgré la peur et le danger, prendre fait et cause pour eux, les défendre et s’engager avec eux jusqu’au bout, finalement dans une satisfaction extrême : « c’était la satisfaction exultante de l’esclave qui s’est délivré du ressentiment en prenant les armes et en marchant au combat pour l’Idée de liberté », nous dit l’auteur.

Qualifié par Gilbert Sigaux de « romancier primitif », O’Flaherty, dans Insurrection, fonce au plus efficace. Il ne cache pas l’hostilité d’une grande partie de la population, ni les pillages opérées par elles pendant les événements, mais ne s’intéresse qu’au but ultime de ses personnages, le devoir, même au prix du sacrifice : « j’ai appris qu’un sacrifice n’est jamais inutile, déclare Kinsella, car il porte en lui sa propre récompense ».

 

Michel Sender.

 

[*] Insurrection (Id., 1950) de Liam O’Flaherty, roman traduit de l’anglais par Jacques Papy, préface de Gilbert Sigaux [Calmann-Lévy, 1953], Le Livre de Poche, Paris, 4e trimestre 1966 ; 384 pages.

"Insurrection" de Liam O'Flaherty

[**] Rebellion (2016), série de la RTÉ, créée par Colin Teevan et réalisée par Aku Louhimies, reconstitue remarquablement, en cinq épisodes, la Pâques 1916 à Dublin.

Publié dans Littérature

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