"Les Mille Vies d'Agatha Christie" de Béatrix de l'Aulnoit

Publié le par Michel Sender

"Les Mille Vies d'Agatha Christie" de Béatrix de l'Aulnoit

« À 35 ans, Agatha Christie est déjà une star du roman policier. En juin 1926, la sortie en librairie de son septième livre, Le Meurtre de Roger Ackroyd, crée l’événement. Lord Louis Mountbatten, arrière-petit-fils de la reine Victoria, s’enorgueillit de lui en avoir soufflé l’intrigue. Même si la jeune femme avoue que c’est le mari de sa sœur Madge, son cher beau-frère James Watts, qui le premier l’a convaincue de transgresser toutes les règles en faisant du narrateur, le bon docteur Sheppard, l’assassin de ses patients.

Depuis six ans, Agatha a complètement renouvelé le genre du roman noir. La Grande Guerre est passée par là. À l’armistice, les Anglaises ont obtenu le droit de vote et la médecine a fait d’énormes progrès. Ses héroïnes sont gaies, indépendantes et follement amoureuses. Ses coupables utilisent le poison que la romancière juge plus élégant mais tout aussi efficace qu’un poignard ou un pistolet. Et son détective, Hercule Poirot, s’intéresse avant tout à la psychologie des suspects. » [*]

 

Dans Les Mille Vies d’Agatha Christie, Béatrix de l’Aulnoy retrace ce que l’on sait (ou croit savoir) sur Agatha Christie, romancière à succès, qui reste en grande partie une énigme.

Béatrix de L’Aulnoy démarre son livre avec la mystérieuse disparition de l’auteure en 1926, un fait divers qui marqua le public anglais et la rendit célèbre (peu après la parution du Meurtre de Roger Ackroyd, dont les ventes s’envolèrent), tout en mettant en lumière la décomposition de son couple avec Archibald Christie, dont elle divorcera quelques mois plus tard.

Une des vies d’Agatha Christie, jeune fille britannique originaire du Devon et plutôt traditionnelle, sans histoire, mais qui se met à écrire des nouvelles et des romans policiers. (Quand elle voudra composer des romans plus classiques et plus personnels, elle prendra le pseudonyme de Mary Westmacott.)

Autre rebond du personnage, après l’échec de son premier mariage, elle rencontre, au cours de ses nombreux voyages, un jeune archéologue, Max Mallowan, avec qui elle se remarie et qui sera le compagnon de sa vie, entre l’Angleterre domaniale et les campagnes de fouilles au Moyen-Orient.

Et toujours, l’écriture de ses romans, comme un métronome, régulière, avec un grand sens de l’opportunité et de la gestion (au pont de rédiger deux romans en réserve dans un coffre, à publier après sa mort), avec des adaptations théâtrales ou cinématographiques, et la multiplication des tirages due au développement du livre de poche…

Béatrix de l’Aulnoy nous raconte tout cela, en s’inspirant essentiellement de l’Autobiographie d’Agatha Christie elle-même, qui cultiva en public avant tout ses qualités british, so british.

C’est ainsi que l’entreprise Agatha Christie Limited perdure, au point de, par-delà la mort de l’auteure, continuer à diffuser une image lisse du phénomène, allant jusqu’à « toiletter » ses écrits et ses traductions, comme on l’a vu avec Dix petits nègres transformé en un Ils étaient dix insipide (voir ce blog le 1er septembre 2020).

 

Michel Sender.

 

[*] Les Mille Vies d’Agatha Christie de Béatrix de l’Aulnoit [Tallandier, 2020], éditions de Noyelles (France Loisirs), Paris, août 2021 ; 368 pages (cahier photographique de huit pages).

"Les Mille Vies d'Agatha Christie" de Béatrix de l'Aulnoit

J’ai également consulté Agatha Christie – La Romance du crime de François Rivière, un très bel album, remarquable (La Martinière, 2012 ; Le Grand Livre du Mois, août 2013).

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