"La Musique d'une vie" d'Andreï Makine

Publié le par Michel Sender

"La Musique d'une vie" d'Andreï Makine

 « Je pourrais sans peine dater cette rencontre. Elle remonte déjà à un quart de siècle. Plus précisément, à l’année où ce philosophe célèbre, réfugié à Munich, proposa une définition devenue vite à la mode, un terme que les penseurs, les politiciens et même les simples mortels allaient utiliser pendant au moins une bonne décennie, et cela dans le monde entier. L’extraordinaire succès de sa formule tenait à un mérite évident : en deux mots latins le philosophe avait réussi à décrire la vie des deux cent quarante millions d’êtres humains qui peuplaient, à l’époque, le pays où je suis né. Femmes, hommes, enfants et adultes, vieux ou nouveau-nés, morts ou vivants, malades ou en bonne santé, innocents ou assassins, savants ou incultes, ouvriers au fond des mines de charbon, cosmonautes sur leur parcours céleste, eux et des milliers d’autres catégories, tous se trouvaient rattachés par ce terme novateur à une essence commune. Tous commençaient à exister sous un nom générique. » [*]

 

Andreï Makine, écrivain d’origine russe pour beaucoup révélé par son sublime roman, Le Testament français [**], Prix Goncourt en 1995, fascine par son écriture française d’une extrême subtilité, au point qu’il dut présenter ses premiers livres comme (faussement) traduits du russe : il utilisa pour cela des hétéronymes (Françoise Bour et Albert Lemonnier). Il a également publié des livres signés Gabriel Osmonde.

Né en 1957 (il serait actuellement le benjamin de l’Académie française) en Sibérie, Andreï Makine est capable d’évoquer la Troisième République française comme la Russie de Catherine II ou la Seconde Guerre mondiale, et de s’imprégner, tel un caméléon, d’atmosphères diverses.

Ainsi de La Musique d’une vie, un court roman ou une novella, sur l’histoire singulière d’un musicien, Alexeï Berg, futur concertiste promis à un avenir prometteur, qui, pour échapper à l’arrestation dans l’Union soviétique de 1941, disparaît et prend l’identité d’un soldat mort, parcourant à son tour les champs de bataille.

Devenu le chauffeur d’un général, il est alors confronté, après la guerre, à l’amour d’une jeune pianiste, Stella, qui croit lui apprendre à jouer…

Avec La Musique d’une vie, Andreï Makine dit rendre hommage à l’Homo sovieticus selon Alexandre Zinoviev, une foule anonyme et brisée.

 

Michel Sender.

 

[*] La Musique d’une vie d’Andreï Makine [Le Seuil, 2001], collection « Littera », éditions Corps 16, Paris, janvier 2002 ; 124 pages, 18,29 € - 120 F (Grand Prix RTL-Lire 2001).

"La Musique d'une vie" d'Andreï Makine

[**] En 1996, France Loisirs a publié d’Andreï Makine Le Testament français (Mercure de France, 1995) groupé à Confession d’un porte-drapeau déchu (Belfond, 1992) dans une édition cartonnée sous jaquette.

Publié dans Littérature

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