"Monteriano" d'E. M. Forster

Publié le par Michel Sender

"Monteriano" d'E. M. Forster

« Ils étaient tous venus à Charing Cross assister au départ de Lilia : Philippe, Harriet, Irma, Mrs. Herriton en personne. Mrs. Theobald avait même fait, au bras de Mr. Kingcroft, le voyage du Yorkshire pour embrasser sa fille unique. Or, de son côté, Miss Abbott n’avait pas une suite familiale moins imposante. À la vue de tant de personnes, qui disaient à la fois des choses différentes, Lilia fut saisie d’un irrésistible fou rire.

— C’est un triomphe, cria-t-elle, vautrée sur le rebord de la portière. On va nous prendre pour des princesses du sang. Oh ! Mr. Kingcroft, trouvez-nous des bouillottes. » [*]

 

Where Angels Fear to Tread, reprenant une citation d’Alexander Pope (For fools rush in where angels fear to tread : « Car les fous se ruent où les anges ont peur d’aller »), est le premier roman d’Edward Morgan Forster (1879-1970), paru en 1905. En le traduisant en français en 1954, Charles Mauron en rétablit le titre original voulu par l’auteur, Monteriano, le nom d’une bourgade italienne inventé mais s’inspirant de San Gimignano en Toscane.

Lilia, une jeune veuve mère d’une petite fille, ne supporte plus d’habiter chez ses beaux-parents, les Herriton, à Sawston. Elle décide, laissant néanmoins sa fille Irma aux Herriton, de partir un an en Italie, accompagnée d’une amie, Caroline Abbott.

Et, en Italie, s’étant arrêtée à Monteriano, elle y tombe amoureuse d’un bel Italien, Gino. Un télégramme prévient la famille en Angleterre mais ne parle que de fiançailles. Philippe Herriton, envoyé en urgence sur la péninsule italienne, ne parvient pas à éviter le mariage, qui a déjà eu lieu. Il rentre à Sawston avec Miss Abbott.

À Monteriano, Lilia s’aperçoit que son mari l’a épousée par intérêt ; il ne travaille pas, la séquestre ; il quitte fréquemment le foyer et la trompe. Enceinte et esseulée, elle tente d’alerter ses proches, mais meurt en couches, après avoir mis au monde un petit garçon.

Au bout de quelques mois, les Herriton s’inquiètent de l’enfant laissé en Italie et envisagent de négocier avec Gino pour le récupérer. À cet effet, ils envoient de nouveau, avec sa sœur Harriet, leur fils Philippe en ambassade à Monteriano.

Là, Philippe découvre Caroline Abbott installée au même hôtel et qui, elle aussi, cherche à rencontrer Gino. Les divers conciliabules échouent et finalement entraînent les différents protagonistes dans une succession de drames…

Évoquant, comme plus tard dans Avec vue sur l’Arno, le voyage en Italie des riches Britanniques et utilisant le ressort d’un télégramme (comme dans Howards End) pour relancer l’action romanesque, dans Monteriano E. M. Forster fait preuve d’un dynamisme d’écriture époustouflant et distille savamment des éléments de critique de la société edwardienne qu’il commence à ausculter.

 

Michel Sender.

 

[*] Monteriano (Where Angels Fear to Tread, 1905) d’E. M. Forster, traduction de l’anglais par Charles Mauron [« Feux croisés », Plon, 1954], édition présentée et annotée par Catherine Lalone, éditions Le Bruit du Temps, Paris, juin 2012 ; 224 pages, 22 €.

J’ai mentionné sur ce blog Avec vue sur l’Arno et Howards End les 14 et 21 avril 2020.

Publié dans Littérature

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