"Forester" de Maria Edgeworth

Publié le par Michel Sender

"Forester" de Maria Edgeworth

« Francis Forester était fils unique d'un riche propriétaire anglais, qui avait apporté quelque soin à son éducation, mais dont les opinions bizarres avaient probablement influencé la conduite à l’égard de cet enfant.

Le jeune Forester était franc, brave et généreux ; mais son père lui avait inspiré un tel dédain de la politesse, que les formes ordinaires de la société lui paraissaient odieuses et ridicules. Sa sincérité était rarement contenue par les égards que l’on doit aux sentimens d'autrui. Il portait l'amour de l’indépendance au point de trouver préférable la vie indépendante de Robinson Crusoé dans son île déserte, à l’aisance et au bien-être d'une société civilisée. Son père avait attiré de bonne heure son attention sur les folies et les vices des hautes classes de la société, et son mépris pour l’oisiveté égoïste était si fortement lié dans son esprit au nom d'homme comme il faut, qu'il se sentait disposé à choisir ses amis et ses compagnons plutôt parmi ses inférieurs que parmi ses égaux : l'inégalité entre le riche et le pauvre l'indignait. Son caractère était aussi enthousiaste que naturellement bon, et il soupirail après le moment où il serait homme et maître de ses actions, pour réformer la société entière ou du moins son voisinage. » [*]

 

Forester parut comme premier volume (l’édition en comptait cinq) des Moral Tales for Young People de Maria Edgeworth, préfacés par son père et publiés en 1801 chez Joseph Johnson à Londres ; une deuxième édition, en trois volumes, parut en 1806 [**].

Réédité à de nombreuses reprises et traduits plusieurs fois en français au XIXe siècle (avec également des éditions en anglais annotées dans notre langue), Forester, petit roman de formation, développe pourtant le portrait rousseauiste d’un jeune homme inapte à la vie en société.

En effet, orphelin à dix-neuf ans, Francis Forester est envoyé chez son tuteur, le docteur Campbell, à Édimbourg en Écosse. Et, dans cette famille, qu’il apprécie pourtant, il remet en cause leur manière de vivre et conteste la plupart de leurs décisions.

Parti brutalement de chez les Campbell pour devenir jardinier, il constate la mesquinerie de son patron. Embauché ensuite comme commis dans une brasserie, il se heurte à la méchanceté des autres employés.

Finalement, c’est chez un imprimeur, où il devient compositeur puis prote, qu’il comprend l’importance des connaissances, des analyses et des opinions nuancées pour participer à la cité.

Entraîné, au moment de cette prise de conscience, dans un imbroglio policier où il est accusé d’avoir volé de l’argent, il découvre alors la nécessité de soigner son apparence et de retrouver l’ambiance chaleureuse de sa famille d’adoption : « Si vous ne devenez pas un fat, vous serez certainement un jour un homme distingué », lui déclare le docteur Campbell en conclusion.

Forester, de Maria Edgeworth, indéniablement un conte moral (on dit que le personnage lui fut inspiré par Thomas Day, écrivain et éducateur britannique), raconte aussi une histoire, certes au fil de bons sentiments assez affétés (style de l’époque), pleine d’enseignement.

 

Michel Sender.

 

[*] Forester (1801) de Maria Edgeworth, dans : Contes moraux de Miss Edgeworth, traduits de l’anglais sur la douzième édition par E[rnest Henri] Garnier, ornés de quatre vignettes, Tome II, Librairie d’éducation de Didier, « Bibliothèque des familles », Paris, 1838 ; 264 pages (relié sous cartonnage bleu).

Les Contes Moraux de Miss Edgeworth traduits par Ernest Garnier  sont disponibles (dans des éditions Didier de 1842) sur BnF Gallica (Contes dédiés à la jeunesse, « Bibliothèque d’Élite pour la Jeunesse ») et Internet Archive (« Quatrième édition »).

[**] « Second edition in three volumes » (J. Johnson, London, 1806) disponible sur Internet Archive.

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