"La Boîte d'ébène" de Mrs Henry Wood

Publié le par Michel Sender

"La Boîte d'ébène" de Mrs Henry Wood

« Je vous ai déjà parlé, dans une ou deux de mes précédentes chroniques, de “Maître Cockermuth”, comme l’appelaient ses concitoyens de Worcester. Je vais à présent vous conter une histoire qui est arrivée à sa famille ; c’est une histoire vraie, je n’ai rien inventé.

Me Cockermuth résidait dans une maison de Foregate Street. Il y avait également établi son cabinet d’avocat, où il exerçait depuis de longues années ; il n’était pas marié, mais sa sœur vivait avec lui. Le nom de baptême de cette dernière était Betty ; en ce temps-là, c’était un prénom bien plus courant qu’à notre époque. Cockermuth avait aussi un frère cadet dénommé Charles. Ils étaient tous deux grands et maigres, avec des bras et des jambes tout en longueur. John, l’avocat, était toujours aimable et souriant ; Charles était bel homme, mais il avait un tempérament assez irascible. » [*]

 

Mrs Henry Wood (née Ellen Price), écrivaine anglaise célèbre après son roman East Lynne (1861), dirigea le magazine mensuel The Argosy où elle publia, sous le nom de Johnny Ludlow, des nouvelles policières, regroupées plus tard en volumes.

The Ebony Box (La Boîte d’ébène) parut ainsi — avec comme narrateur Johnny Ludlow — dans trois livraisons (en janvier, février et mars 1883) de The Argosy puis fut reprise, en 1890, dans le recueil Johnny Ludlow Fifth Series.

Dorothy Sayers la retint en 1928 dans son Omnibus of Crime et, en France, avant d’être reprise à part dans un petit livre très élégant chez France Loisirs [**], elle parut en 2004 aux éditions du Masque dans Femmes fatales (Anthologie de nouvelles policières victoriennes) grâce à François Rivière.

Ellen Wood a situé La Boîte d’ébène dans sa ville natale de Worcester où réside également Johnny Ludlow, un ami du squire Todhetley et qui tient en quelque sorte la chronique de la ville.

Dans ce récit, il s’attache au destin malheureux d’un jeune homme, Sam Dene, « ayant fait son droit » et qui, par l'entremise de son oncle Jacobson, entre dans l’étude de Me Cockermuth.

Dans la maison, a vécu un de ses neveux, Philip Cockermuth, qui avait placé toutes ses économies dans une boîte d’ébène, laquelle, un beau jour, a subitement disparu.

Or, durant le séjour de Sam Dene à l’étude, cette boîte, de nombreuses années après sa disparition, est inopinément retrouvée puis, brusquement, disparaît à nouveau.

Comme notre pauvre Sam Dene a des dettes et semble plutôt impécunieux, les soupçons sur le vol de la boîte d’ébène se portent sur lui et l’écrasent d’accusations terribles.

Déclaré ensuite, sous « bénéfice du doute », non coupable, Sam Dene n’en subira pas moins — jusqu’à un rebondissement inattendu — l’opprobre fatal de toute une ville…

Sans être véritablement une nouvelle policière, La Boîte d’ébène se révèle avant tout une histoire à énigme, avec ses conséquences judiciaires (il y a un procès) et sociétales (la déchéance liée à une incrimination publique), impliquant un suspense légitime, même si, finalement, le mystère tenait à peu de choses.

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, cette œuvre de Mrs Wood — se cachant sous son avatar Johnny Ludlow — fascine par son apparente banalité et un art judicieux de brosser le tableau d’une société rigide et compassée.

 

Michel Sender.

 

[*] La Boîte d’ébène (The Ebony Box, 1883) de Mrs Henry Wood (1814-1887), traduit par Corinne Bourbeillon [Éditions du Masque/Jean-Claude Lattès, 2004], collection « Courts romans & autres nouvelles », éditions France Loisirs, Paris, août 2006 ; 160 pages.

"La Boîte d'ébène" de Mrs Henry Wood

[**] Au moment où France Loisirs change de propriétaire et ferme la plupart de ses librairies, rappelons que « Courts romans & autres nouvelles » fut une belle collection de poche, très soignée. Dans Maître Zacharius (1854), nouvelle de jeunesse de Jules Verne, le fleuve Rhône, « des chemins qui courent », lui rappelle une citation des Pensées de Pascal : « Les rivières sont des chemins qui marchent, et qui portent où l’on veut aller. »

Publié dans Littérature

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