"La Bonne Suzanne" de Maria Edgeworth

Publié le par Michel Sender

Portrait de Maria Edgeworth (1767-1849) par John Downman, 1807

Portrait de Maria Edgeworth (1767-1849) par John Downman, 1807

« Dans un hameau des frontières du pays de Galles, entre Oswetry et Shrewsbury, on a conservé l’usage de célébrer la fête du mai. Tous les enfants du pays ont coutume de se réunir le dernier jour d’avril, pour faire les préparatifs de cette fête, pour former les guirlandes de fleurs et se choisir une reine. Une gaîté bruyante préside à ces préparatifs, et l’on jouit d’avance des plaisirs du lendemain. Le lieu ordinaire du rendez-vous est une belle aubépine plantée au milieu d’un joli gazon, qui donne d’un côté sur un sentier étroit et ombragé, et de tous les autres côtés est entourée d’une haie d’épine blanche et d’églantiers qui la séparent du jardin d’un ancien procureur. » [*]

 

Simple Susan parut à Londres en 1800 (avec The Birth-Day Present) dans le deuxième volume de la troisième édition de The Parent’s Assistant  — or Stories for Children [**] de Maria Edgeworth, romancière anglaise du XVIIIe siècle, célèbre en France dès le début du XIXe.

On traduisit son Éducation pratique (« traduction libre par Charles Pictet, de Genève ») ainsi que ses Contes populaires, Contes de l’enfance, Contes familiers, Contes des familles ou Contes moraux (Simple Suzanne ou la Reine de mai fut traduit par exemple par Louise Belloc chez Hachette en 1835) et ses romans  (entres autres Ormond et Harrington, par Defauconpret).

Elle fit également le bonheur des éditeurs Mame (de Tours) ou Eugène Ardant (de Limoges), producteurs de multiples « livres de prix » pour les écoles, ou encore de la librairie Gedalge qui publia Les Petits Marchands et La Bonne Suzanne (tous deux mentionnés en 1895 dans le bulletin du ministère de l’Instruction publique) de « Miss Edgeworth », façon courante de l’appeler à l’époque.

Fille d’un écrivain et inventeur britannique, Maria Edgeworth, par ses écrits, souhaitait avant tout instruire avec une vision morale et ses contes plaisaient beaucoup aux enseignants (laïques ou catholiques) de la Troisième République française, souvent implantés dans les campagnes.

Ainsi, bien que situé en Angleterre, La Bonne Suzanne est à la fois un conte moral et un conte rural. En effet, notre bonne Suzanne Price, fille d’un métayer qui a des soucis avec son voisin l’ancien procureur (Attorney) Case, est prête à sacrifier sa « poule de Guinée » (Guinea hen — en fait une pintade) ou son agneau (lamb, appelé Daisy), qu’elle élève avec amour, pour sauver ses parents de la ruine.

En effet, son père, M. Price, a tiré un mauvais numéro pour la milice et risque de partir à l’armée faute de pouvoir payer un remplaçant et le méchant M. Case — dont la fille Barbara martyrise Suzanne — le menace de frapper son bail de nullité.

Finalement, le nouveau baronnet du village, Sir Arthur et ses filles, sont des personnes bienveillantes et charitables qui, avec l’aide également d’un joueur de harpe aveugle (il joue notamment pour les habitants « Le rouge-bord de l’écuyer Jones », la ballade irlandaise Bumper Squire Jones), vont prendre la défense de Suzanne et sa famille…

Cela transpire les bons sentiments et tout est bien qui finit bien. Brave Suzanne !

 

Michel Sender.

 

[*] La Bonne Suzanne (« Simple Susan », The Parent’s Assistant, 1800) par Miss Edgeworth, sans nom de traducteur, dessins de Gérard Tantet, Librairie Gedalge, Paris, sans date [annoncé, avec Les Petits Marchands, dans le Bulletin administratif du ministère de l’Instruction publique du 2 février 1895] ; 144 pages (relié-cartonné).

"La Bonne Suzanne" de Maria Edgeworth

[**] L’édition originale et les suivantes sont disponibles sur Internet Archive.

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article