Mes lectures d’Émile Zola

Publié le par Michel Sender

Mes lectures d’Émile Zola

« Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à Deux Têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon 1, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse 2 qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

  1. Le bal du Grand-Balcon : avec ses dix fenêtres de façade et son grand éclairage, il se trouvait en haut du boulevard de La Chapelle.
  2. Brunisseuse : ouvrière qui polit le métal. » [*]

 

Reprenant envie de lire ou de relire un roman d’Émile Zola (je possède des éditions dépareillées de ses livres et de chacun des Rougon-Macquart), j’éprouve le besoin de faire le point.

C’est le confinement et l’épidémie de covid qui m’a redonné envie, en mai 2020, de replonger dans Zola, par un diptyque (je fonctionne souvent par deux lectures suivies) célèbre : Pot-Bouille (1882) et Au Bonheur des Dames (1883).

En juillet 2021, c’est la découverte d’une édition de Madeleine Férat (1868), roman peu connu, qui a relancé mon intérêt, puis m’a incité à attaquer le trio de tête des Rougon : La Fortune des Rougon (1871), La Curée (1872) et Le Ventre de Paris (1873). J’avais prévu de lire seulement les deux premiers puis j’ai été entraîné dans le troisième.

Après une pause et en laissant de côté La Conquête de Plassans (1874) et La Faute de l’abbé Mouret (1875), j’ai enchaîné en août avec Son Excellence Eugène Rougon (1876) puis Une page d’amour (1878), un des romans de Zola autour duquel j’ai longtemps tourné…

Je n’ai pas relu L’Assommoir (1877) — avec Germinal (1885) un de mes romans préférés d’Émile Zola — et je pensais éviter Nana (1880) pour passer directement, ayant déjà lu Pot-Bouille et Au Bonheur des Dames, à La Joie de Vivre (1884), un livre que j’ai commencé il y a longtemps et que j’ai interrompu.

J’hésite à relire tout de suite L’Assommoir car mon souvenir en est encore extrêmement frais et bien qu’il puisse constituer (une publicité d’époque me l’a rappelé) un diptyque avec Nana (Une page d’amour ne représentant qu’une transition entre les deux).

Pourtant, je tiens beaucoup à L’Assommoir, le premier roman d’Émile Zola qui a « marché », mais dont le succès s’est opéré sur un parfum de scandale — en fait sur un malentendu.

Et, dans mon esprit, Nana se rattache au même phénomène, sachant d’ailleurs que, du vivant de l’auteur, les chiffres de tirages d’impression de Nana dépassèrent ceux de L’Assommoir.

Car Nana, en plus du scandale social de L’Assommoir, ajoutait le scandale sexuel, provoquant des tonnes de protestations et une notoriété encore amplifiée.

Cependant, dès le premier chapitre au théâtre des Variétés en 1867, j’ai compris que Nana demeurerait incontournable… et qu’il me fallait le relire.

 

Michel Sender.

 

[*] L’Assommoir (1877) d’Émile Zola, notes et dossier de Daniela Battista-Schirmann et Sylvie Lemier, collection « Classiques & Cie », éditions Hatier, Paris, 2005 ; 640 pages, 5 € ; impression d’octobre 2006 (illustration de couverture : Delphine Bournay).  

Mes lectures d’Émile Zola

Voir, sur ce blog :

Le roman de Jeanne Rozerot et Émile Zola, 1er septembre 2009

Pot-Bouille, 22 mai 2020

Au Bonheur des Dames, 31 mai 2020

Madeleine Férat, 12 juillet 2021

La Fortune des Rougon, 18 juillet 2021

La Curée, 22 juillet 2021

Le Ventre de Paris, 27 juillet 2021

Son Excellence Eugène Rougon, 16 août 2021

Une page d’amour, 24 août 2021

Publié dans Littérature

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