"Un Billet de loterie" de Jules Verne

Publié le par Michel Sender

"Un Billet de loterie" de Jules Verne

« Quelle heure est-il ? demanda dame Hansen, après avoir secoué les cendres de sa pipe, dont les dernières bouffées se perdirent entre les poutres coloriées du plafond.

— Huit heures, ma mère, répondit Hulda.

— Il n’est pas probable qu’il nous arrive des voyageurs pendant la nuit ; le temps est trop mauvais.

— Je ne pense pas qu’il vienne personne. En tout cas, les chambres sont prêtes, et j’entendrai bien si l’on appelle du dehors.

— Ton frère n’est pas revenu ?

— Pas encore.

— N’a-t-il pas dit qu’il rentrerait aujourd’hui ?

— Non, ma mère. Joël est allé conduire un voyageur au lac Tinn, et, comme il est parti très tard, je ne crois pas qu’il puisse, avant demain, revenir à Dal.

— Il couchera donc à Mœl ?

— Oui, sans doute, à moins qu’il n’aille à Bamble faire visite au fermier Helmboë… » [*]

 

Jules Verne visita la Norvège, la région du Telemark et escalada le mont Gausta (orthographié par lui Gousta d’après des sources anglo-saxonnes) en juillet 1861 mais il n’écrivit Un Billet de loterie (sous-titré Le Numéro 9672) qu’en 1885.

Cependant il plaça l’action du livre en 1862 [**] pour se rapprocher le plus de ses souvenirs de voyage et de sa documentation, l’objectif de ses Voyages Extraordinaires restant toujours d’Éducation et de Récréation, comme indiqué dans le titre du Magasin où ses histoires paraissaient en premier.

L’intrigue d’Un Billet de loterie demeure banale, celle des fiançailles de deux amoureux (Hulda Hansen et Ole Kamp) séparés par le sort, des difficultés économiques de leur mère (dame Hansen) confrontée à un créancier intraitable (M. Sandgoïst), du soutien que s’apportent Hulda et son frère Joël, de l’intervention fortuite d’une personne généreuse, Sylvius Hog, et d’une fin où tout se résout par miracle…

Le principal intérêt du livre réside en effet dans l’idée du dernier message du marin Ole Kamp à sa fiancée Hulda Hansen libellé à la main au dos d’un billet de loterie, le fameux Numéro 9672, originalité lui permettant (un peu comme les Tickets d’Or de Charlie et la Chocolaterie) de relancer l’intrigue et de lui ajouter un certain suspense.

Par ailleurs, les illustrations originales de George Roux (plus une carte) apportent beaucoup et manquent cruellement aux rééditions ne reprenant que le texte.

 

Michel Sender.

 

[*] Un Billet de loterie [—Le Numéro 9672—] (1886) de Jules Verne, éditions de l’Aube, La Tour d’Aigues, mars 2017 ; 224 pages, 11 €. (Illustration de couverture : Marcus Larson, Hav i Mansken, 1848.)

Une des éditions de langue anglaise

Une des éditions de langue anglaise

[**] La plupart des éditions françaises reproduisent, dès le premier chapitre, une coquille de l’édition Hetzel de 1886 dans laquelle la lettre de Ole Kamp est datée « Saint-Pierre-Miquelon, 17 mars 1882 », tandis qu’au deuxième chapitre l’auteur précise : « À l’époque où se passe cette histoire — en 1862 — la Norvège n’était pas encore sillonnée par le chemin de fer qui permet actuellement d’aller de Stockholm à Drontheim par Christiana. » Or, la publication originale d’Un Billet de loterie dans le Magasin d’Éducation et de Récréation de janvier 1886 (1er semestre 1886, volume 43) mentionne bien (page 6) la date du 17 mars 1862, suivie d’ailleurs dans la traduction anglaise de Laura E. Kendall, Ticket No. 9672, publiée en deux livraisons de juillet et décembre 1886 chez George Munro à New York et qui a été réalisée manifestement d’après le Magasin d’Éducation et de Récréation, l’édition Hetzel (Un Billet de loterie suivi de Frritt-Flacc) n’étant parue qu’en novembre 1886 (disponible sur BnF Gallica).

Publié dans Littérature

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