"Nina la Petite Géorgienne" de Lydia Tcharskaïa

Publié le par Michel Sender

Lydia Tcharskaïa (1875-1937)

Lydia Tcharskaïa (1875-1937)

« La Géorgie est située au Caucase, entre la mer noire et le Daghestan. Qu’on arrive par la mer, du côté de Batoum, en empruntant la merveilleuse route bordée d’azalées, ou par les montagnes, du côté de Tiflis couronné de pampres, ce sont partout les mêmes couleurs chatoyantes, le même air si doux, si léger et le même parfum enivrant.

Bref, la Géorgie est le plus beau pays du monde, tout au moins pour moi, car je suis Géorgienne.

Mon nom est Nina, princesse Nina Djavaha-Oglou-Djamata.

Le nom de Djamata est un nom glorieux ; il est célèbre dans tout le Caucase, des bords de la mer aux sommets du Daghestan. » [*]

 

Par association d’idées avec l’actualité de la guerre en Ukraine et des diverses nationalités de l’ancien Empire russe, j’ai ressorti un livre pour enfants des années trente, Nina la Petite Géorgienne, en fait l’adaptation française de Princesse Djavakha, traduit en anglais sous le titre de Little Princess Nina.

Cela permet de reparler un peu de Lydia Tcharskaïa, écrivaine russe peu connue en France mais qui, en Russie (Nathalie Sarraute y fait allusion dans Enfance), rencontra beaucoup de succès avec ses Notes d’une écolière (Записки институтки), Princesse Djavakha ou des ouvrages historiques, s’inscrivant dans toute une tradition de la littérature enfantine du XIXe siècle : je pense par exemple à Une petite princesse (A Little Princess, 1905) de Frances Hodgson Burnett (voir ce blog le 19 décembre 2020) ou à la série des Heidi.

Nina la Petite Géorgienne (découpée en deux parties distinctes) évoque la vie « naturelle » d’une enfant vivant au grand air, transférée ensuite dans l’univers fermé d’un Institut pour jeunes filles à Saint-Pétersbourg. La deuxième partie du livre [**], décalée par rapport à la première, a d’ailleurs moins d’intérêt que tout le commencement qui se déroule dans le Caucase et en Géorgie.

Car Nina Djavakha, petite fille de onze ans née à Gori, une ville de Géorgie (aujourd’hui en Ossétie du Sud) au bord de la rivière Koura, est le fruit du mariage d’un officier russe (venu dans le Caucase à l’occasion de la guerre contre le Tchétchène Chamil) avec une jeune fille musulmane, Mériem, fille d’un combattant djiguite, Hadji-Mahomet.

Ayant perdu sa mère très tôt, Nina, si elle n’a pas rompu les ponts avec son grand-père Hadji-Mahomet, se retrouve sous la tutelle de sa grand-mère paternelle russe, puis confrontée au dilemme du remariage de son père qui, dépassé par les événements, décide de l’envoyer dans un pensionnat.

Entretemps, Nina aura connu les cérémonies de mariage de sa jeune tante Bella du côté « tatare » et, du côté russe, l’affection de l’un de ses cousins, Juliko, lui-même orphelin mais un citadin typique, très maladif et condamné par la tuberculose, qu’au début elle rejette et qu’ensuite elle comprend et apprécie.

Dans la seconde partie, celle du pensionnat à Saint-Pétersbourg, plus traditionnelle, Nina doit se faire une place en affrontant d’autres élèves intransigeantes qui la tyrannisent, pour finalement parvenir à s’imposer et, plus important, faire la connaissance d’une amie…

Nina la Petite Géorgienne de Lydia Tcharskaïa n’a été réédité qu’une seule fois en 1960. Il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une littérature plutôt mièvre, mais qui donne furieusement envie de relire le Hadji Mourad [***] de Léon Tolstoï.

 

Michel Sender.

 

[*] Nina la Petite Géorgienne (Княжна Джаваха, 1903) d’après Madame Tcharsky [Lydia Tcharskaïa, 1875-1937], adaptation française de Marie Alexandre, illustrations de [Georges] Tcherkessof, collection « Bibliothèque Juventa », Librairie Delagrave, Paris, 1937 ; 256 pages.

"Nina la Petite Géorgienne" de Lydia Tcharskaïa

[**] Le texte russe de Princesse Djavakha est disponible sur des équivalents de Wikisource. On constate alors que, si l’adaptation française de Marie Alexandre reste assez fidèle à l’original, en revanche les deux derniers chapitres de la deuxième partie du livre (où l’on apprend notamment que sa nouvelle amie Ludmilla est originaire de Poltava en Ukraine) ont été tout simplement retirés de l’édition française.

"Nina la Petite Géorgienne" de Lydia Tcharskaïa

[***] Hadji Mourad, commencé par Léon Tolstoï (1828-1910) en 1896 et terminé en 1904, ne fut publié qu’en 1912, à titre posthume. « Vieille histoire du Caucase », dont il fut, dans sa jeunesse (en 1851-1852), militaire, « témoin en partie », et qu’il tenait, « pour une autre partie, de témoins oculaires », Hadji Mourad fut traduit en français presque simultanément par J.-W. Bienstock (Collection Nelson) et Teodor de Wyzewa (Perrin).

Publié dans Littérature

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