"L'Homme qui revient de loin" de Gaston Leroux

Publié le par Michel Sender

"L'Homme qui revient de loin" de Gaston Leroux

« Suivi de son « caddie », porteur de ses « clubs », Jacques Munda de la Bossière rentra triomphant au château. Il ne s’était point cependant mêlé à la partie et ne pouvait, ce jour-là, tirer quelque orgueil de son adresse : mais son nouveau terrain de golf avait eu un tel succès !

Il est vrai qu’il y avait mis le prix, n’ayant pas hésité à jeter par terre quelques bons arpents de ce coin de la forêt de Sénart qui faisait partie du domaine. Et, ma foi, il en usait avec ce domaine comme s’il lui appartenait, le soignant en véritable propriétaire, l’embellissant, ne reculant devant aucune dépense.

Après une rapide caresse à deux magnifiques lévriers, champions de coursing, que le valet de chiens ramenait au chenil, l’exercice terminé, Jacques, léger de toute sa jeunesse, de toute sa santé et de toute sa bonne humeur, traversa le  vestibule d’un bond, escalada l’escalier monumental qui conduisait aux appartements du premier étage et frappa à la porte du cabinet de toilette où « madame » était enfermée avec sa femme de chambre.

« On n’entre pas ! » protesta une voix jeune et harmonieusement timbrée bien qu’elle affichât un léger accent britannique. » [*]

 

Écrit pendant la Grande Guerre, L’Homme qui revient de loin de Gaston Leroux n’en parle pas.

Roman « bourgeois » et classique, comme dans la nouvelle Le Cœur cambriolé (voir ce blog le 24 août 2020), il aborde, sur une intrigue d’énigme policière assez banale, les phénomènes de spiritisme et de progrès médical dont il s’avère féru.

Jacques et Fanny, jeune couple, vivent tranquillement dans un château que leur a légué, avant de disparaître, André, le frère de Jacques, qui gère à Héron une usine de manchons à incandescence ainsi qu’un magasin à Paris.

« Jacques était sympathique à tout son personnel dont il obtenait le maximum de travail par un système de participation aux bénéfices qui avait toujours effrayé André, mais que le cadet avait su faire pratique en le rendant, grâce à d’ingénieuses combinaisons, à peu près illusoire. De telle sorte, expliquait Jacques, qu’ouvriers et ouvrières travaillaient comme des nègres, soutenus par l’« espérance » ; c’était une nouvelle force qu’il avait prise à son service.

Héron n’avait jamais encore connu une pareille ère de prospérité », précise l’auteur.

Jacques et Fanny se trouvent ainsi — hors le fait qu’André, parti volontairement cinq années auparavant ne s’est plus jamais manifesté — parfaitement heureux, quand, soudainement, une amie, Mme Saint-Firmin, femme de leur notaire, se met à déclarer que le fantôme d’André lui est apparu et lui a dit avoir été assassiné puis enfermé dans une malle.

Gaston Leroux fait d’ailleurs ouvertement référence à l’affaire de « la malle de Gouffé » survenue en 1890 à Millery et Saint-Genis-Laval, dans le Rhône, près de Lyon.

En fait, Mme Saint-Firmin ne s’entend pas du tout avec son mari. Elle était amoureuse d’André et souhaitait divorcer pour pouvoir l’épouser, avant sa disparition qui l’a rendue totalement malheureuse et dépressive.

De son côté, Jacques, qui cache un lourd secret, se blesse mortellement avec un revolver mais est sauvé, « ressuscité », grâce à une opération à cœur ouvert pratiquée par deux médecins de sa connaissance.

Et alors, c’est lui, « l’homme qui revient de loin », mais à son tour déprimé, et surtout gagné par le remords, perdu malgré sa réussite sociale et ne supportant plus  la « réincarnation » de son frère…

J’ai souhaité ne pas trop révéler le dénouement de L’Homme qui revient de loin. Sachez cependant que se manifestent dans ce roman de nombreuses obsessions de Gaston Leroux, certains de ses thèmes de prédilection, qui touchent à la mélancolie profonde, mais sans jamais nous lasser ni nous ennuyer.

 

Michel Sender.

 

[*] L’Homme qui revient de loin (1917) de Gaston Leroux (suivi de Le Fauteuil hanté), illustrations originales de Hélène Abplanalp, collection « Les chefs-d’œuvre de Gaston Leroux : Romans fantastiques 2 », distribué par le Cercle du bibliophile, Edito-Service, Genève, 1970 ; 420 pages (cartonné).

Publié dans Littérature

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