Eugène Sue, Balzac : la lecture et la vie

Publié le par SENDER

  

« Je vous dois vraiment de la reconnaissance, Monsieur, vos livres m’ont fait oublier plus d’un chagrin, m’ont rappelé plus d’une fois en l’âme le courage et l’espoir. Quoique j’ai ouï dire, et lorsqu’on vous lit cela parait assez croyable, que le but de vos ouvrages était de prouver que l’homme était né pour le malheur, j’ai pensé, moi, que vous aviez voulu démontrer la possibilité de quelques instants de bonheur pour celui qui marche appuyé sur la philosophie. » Maillet, « expéditionnaire et étudiant en droit », à Honoré de Balzac, Paris, 24 février 1833 (Bibliothèque de l’Institut, Fonds Louvenjoul).


À
l’occasion de l’édition Quarto-Gallimard des Mystères de Paris d’Eugène Sue confiée à Judith Lyon-Caen, j’ai ressorti son étude sur La Lecture et la Vie [*] où, dans le prolongement du travail de Jean-Pierre Galvan sur Les Mystères de Paris : Eugène Sue et ses lecteurs paru chez L’Harmattan en 1998, elle analysait les correspondances adressées aux écrivains populaires du xixe siècle, et plus particulièrement Balzac et Eugène Sue.


En effet, les décennies 1830-1840 ont été particulièrement riches en créations romanesques multiples (« la peinture des bas-fonds chez Eugène Sue illustre la
criminalisation” du peuple par les élites », rappelle-t-elle), notamment grâce au roman-feuilleton. Et, tandis que les « élites » et la « critique » littéraire installée rejetaient souvent ce nouveau moyen d’expression, de vastes aspirations humaines s’exprimaient à cette occasion dans les classes laborieuses...


Cet examen des attentes romantiques, des lectures parfois sérieuses de la fiction et des espoirs de promotion intellectuelle et sociale toujours recherchés dans le commerce des livres, reste d’une extrême actualité - même si aujourd’hui l’autre littérature a été largement assimilée, récupérée par le marché !


On a oublié (ou plutôt, on peut difficilement l’imaginer) combien chaque livraison des Mystères de Paris était suivie avec ferveur, commentée, discutée – au point qu’Eugène Sue, « dandy mais socialiste » pour reprendre l’expression de Jean-Louis Bory [**], organisa une tribune permanente de débats autour de son livre et découvrit encore mieux la réalité sociale et voulut la transformer...


Michel Sender.


[*] La Lecture et la Vie (Les usages du roman au temps de Balzac) de Judith Lyon-Caen, préface d’Alain Corbin, éditions Tallandier, Paris, mai 2006 ; 384 p., 21 €.


 


[**] Eugène Sue, dandy mais socialiste de Jean-Louis Bory, parue chez Hachette en 1962 et rééditée par Mémoire du Livre en 2000, reste encore la biographie de référence.



 

Judith Lyon-Caen a dirigé l’édition « Quarto » des Mystères de Paris d’Eugène Sue qui vient de paraître chez Gallimard (1 316 pages, 26,90 €).

 

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