Elisée Reclus, humaniste et libertaire

Publié le par SENDER

« I

LA SOURCE

L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ; elle aussi est un monde comme les astres énormes qui roulent dans les cieux, et son orbite se développe de cycle en cycle par un mouvement sans repos. »

Aujourd’hui, sous le choc du remarquable texte L’Anarchie (*) que viennent de publier les éditions Mille et une nuits, j’ai rouvert Histoire d’un ruisseau d’Élisée Reclus (1830-1905), paru chez Hachette en 1869 à Paris, et que j’aime lire dans la très belle présentation récente des éditions Plume de carotte [1].

« On ne se baigne jamais dans le même fleuve » nous enseigne Héraclite, et ce livre d’Élisée Reclus est justement un éloge poétique, scientifique et humaniste de la diversité du monde (avec Histoire d’une montagne, paru en 1880, Histoire d’un ruisseau a également été réédité dans la collection « Babel » d’Actes Sud).

Car Élisée Reclus, érudit et engagé, est un peu le père d’une géographie moderne et sociale (« La géographie constitue l’Histoire dans l’espace, de la même manière que l’Histoire constitue la géographie dans le temps », écrit-il dans L’Homme et la Terre), ainsi qu’un écologiste avant l’heure (on parle de sa défense du naturisme et de son végétarisme personnel)...

Libre-penseur, Élisée Reclus conçoit toujours ses œuvres, didactiques et pédagogiques, comme des ouvertures au monde, des appels à l’universelle connaissance.

« Les peuples, devenus intelligents, apprendront certainement à s’associer en une fédération libre : l’humanité, jusqu’ici divisée en courants distincts, ne sera plus qu’un même fleuve, et, réunis en un seul flot, nous descendrons ensemble vers la grande mer où toutes les vies vont se perdre et se renouveler », conclut-il par exemple, dans un grand souffle épique, son Histoire d’un ruisseau !

Michel Sender.

[1] Histoire d’un ruisseau d’Élisée Reclus, illustrations d’Eloar Guazzelli, commentaires de Nicolás Ortega Cantero (édition originale : Media Vaca, Valencia, Espagne, février 2001) traduits par Santiago Mendieta, éditions Plume de carotte, Toulouse, mars 2007 ; 168 p., 19 euros (relié-cartonné ; imprimerie Art & Caractère, 81502 Lavaur). www.plumedecarotte.com  





(*) L’Anarchie d’
Élisée Reclus, Mille et une nuits, Paris, mars 2009 ; 56 p., 2,50 €. Voir http://msender.blogsperso.orange.fr

 

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SIMON 01/06/2009 09:38

Imaginons qu'il ait disposé de la télé et d'internet ... Encore un qui est né trop tôt.

SENDER 01/06/2009 04:25

Chère Jacqueline, merci de ce message.Il y a un peu de cela. Rappelons-nous que nous sommes au XIXe siècle. Jules Verne aimait beaucoup les livres d'Elisée Reclus. Bien amicalement, Michel Sender.

SIMON 31/05/2009 17:44

Amusant, ce mélange de littérature et de démonstration. Serions nous en présence du créateur de la docu-fiction ?