Romain Gary, Lesley Blanch, Gogol... et Pouchkine !

Publié le par SENDER




Romain Gary (1914-1980) revient dans l’actualité. Un volume de la collection « Quarto » chez Gallimard, Légendes du Je, est annoncé pour ce mois de juin et Le Magazine littéraire, avec Socrate en couverture, lui consacre un mini-dossier...

Les éditions du Rocher rééditent parallèlement Romain, un regard particulier [*], le témoignage et les souvenirs que Lesley Blanch (1904-2007), dont on ne sait pas forcément qu’elle fut sa première épouse, avait publiés en 1998.

On dit souvent de ce livre qu’il s’agit d’un règlement de comptes (Romain Gary, de toute façon fondamentalement infidèle, la quitta au début des années 1960 puis se maria avec Jean Seberg, beaucoup plus jeune, dont il eut un enfant) mais, personnellement, je ne trouve pas. On sent chez Lesley Blanch (on connaît en France surtout sa biographie de Pierre Loti mais, morte à presque cent trois ans et grande voyageuse, elle ressemble aussi à une espèce d’Alexandra David-Neel britannique) une grande tendresse pour l’immense séducteur (et aussi l’homme tourmenté) que fut Romain Gary...

Mais, ici, dans cette chronique-ci, je veux maintenant surtout épingler gentiment les éditeurs et la pratique de certaines « quatrièmes de couverture » dont on n’ignore pas qu’il ne faut les lire qu’avec suspicion, hélas, dans de nombreux cas, dont celui-ci !

En effet, sur la quatrième page de couverture de cette réédition de Romain, un regard particulier, on nous dit : « Dès le premier regard, Lesley avait décelé chez son amant une troublante ressemblance avec Pouchkine... »

Or, à la lecture du livre, on découvre une nuance importante, même si Pouchkine reste bien entendu le père de la littérature russe « moderne » :

« On nous présenta l’un à l’autre, mais tandis que nous échangions ces furtifs coups d’œil qui décident de la suite d’une première rencontre, j’eus conscience de sa curieuse ressemblance avec des portraits de Nicolas Gogol, le grand écrivain russe du xixe siècle. Je le lui dis et il eut l’air stupéfait. » (Page 8.)

La suite de l’échange est d’ailleurs savoureuse : «  Que savez-vous de Gogol ? ” me demanda-t-il sur un ton agressif. Je répondis que Les Âmes mortes était un de mes livres de chevet.  Vous le lisez en traduction. Alors, vous ne le connaissez pas du tout ” répondit-il avec brusquerie... », etc.

C’est bien connu, les romans russes sont interminables - mais ce n’est pas le cas du petit livre alerte et émouvant de Lesley Blanch, une personnalité très originale - tout autant que Romain Gary - et qui aurait apprécié ce quiproquo...

Michel Sender.

[*] Romain, un regard particulier de Lesley Blanch, traduit de l’anglais par Jean Lambert (première publication : « Un endroit où aller », Actes Sud, Arles, 1998), éditions du Rocher, Monaco, avril 2009 ; 144 pages, 16 €. Voir www.lesleyblanch.com

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