Les brötchen d'Hermann Kant

Publié le par SENDER

 

 

Nous arrive un zombie littéraire allemand qui s’appelle KANT : pas Immanuel – Hermann ! Hermann Kant, né en 1926 et qui fut un responsable officiel des écrivains est-allemands, ce qui n’en fait pas un personnage facile à cerner...

Les éditions Autrement publient une de ses nouvelles, avec un titre à rallonge, Parfois les brötchen croquent sous la dent [1], qui est une petite merveille d’ambiguïté et d’embrouillamini, un bijou ubuesque et kafkaïen.

Comment résumer ce mince récit ?

« Parfois on tombe encore sur une tomate qui a le goût de tomate. Parfois un concombre a ce parfum âpre et doux que les concombres ont pu avoir jadis. Parfois les fraises n’ont pas seulement l’air de fraises. C’est le bonheur. Mais le bonheur est un mot pour les exceptions », nous dit le narrateur. Car il vient de dégoter une boulangerie qui fabrique des brötchen (petits pains allemands) de toute beauté !

Mais il faut faire la queue de très bonne heure et être bien vu du patron. Et, pour ce faire, et suite à un quiproquo qui l’a transformé en libraire alors qu’il est comptable, le voilà qui doit lui fournir un exemplaire du Kin Ping Meh, livre érotique chinois.

Et pour obtenir le livre d’un ami, il doit lui obtenir des billets pour un bal très prisé. Et pour obtenir les billets, il faut obtenir pour le vendeur un passe-droit d’une employée de mairie qui, elle, souhaite avoir le téléphone. Et pour qu’elle obtienne le téléphone, il faut promettre au responsable... qu’il aura des brötchen succulents tous les matins, etc.

La boucle infernale est bouclée, pour un résultat nul et catastrophique.

Je ne vous en raconte pas plus : c’est époustouflant et ça se lit d’une traite stressée...

Michel Sender.

[1] Parfois les brötchen croquent sous la dent (Der dritte Nagel, Rütten & Loening, Berlin, 1981) d’Hermann Kant, traduit de l’allemand par Leïla Pellissier et Frank Sievers, collection « Littératures », éditions Autrement, Paris, mai 2009 ; 48 pages, 7,50 €.

 

Publié dans Littérature

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