"Une minute de silence" de Siegfried Lenz

Publié le par SENDER




L’écrivain allemand Siegfried Lenz, né en 1926, surtout connu en France pour son roman La Lecon d’allemand [*], vient, à plus de quatre-vingts ans, de publier un court roman ou une longue nouvelle, Une minute de silence [1], qui a la fraîcheur d’une histoire d’amour adolescente...


Le sujet en est très simple : on observe dans un lycée allemand, après la mort accidentelle d’une des professeurs, Stella Petersen, une minute de silence ; on comprend, dans un monologue intérieur composé de multiples retours en arrière que le jeune narrateur, Christian, un de ses élèves, a connu une histoire d’amour avec elle...


Tout se passe au bord de la Baltique (atmosphère de plages, de bateaux, de jeux aquatiques, de mer, etc.) et Stella, professeure d’anglais (elle leur a demandé d’étudier Animal Farm de George Orwell) dont on sait très peu de choses, fascine à la fois ses élèves et les adultes.


Et Christian, qui sait que Stella l’a aimé puisque elle le lui a prouvé physiquement, reste cependant devant une énigme et des interrogations essentielles : aurait-il pu vivre avec elle, comment supporter la hiérarchie professeur/élève, cet amour aurait-il été durable, devant la différence d’âge et de maturité ?


Il a deviné aussi que Stella avait (ou avait eu) d’autres amours, qu’elle séduit facilement d’autres hommes - et lui-même ne voit pas les avances que lui fait une des camarades de son âge... C’est bien sûr l’histoire d’un blé en herbe, avec toutes les incertitudes, les espoirs et les hésitations de l’adolescence.


Pour cela, Siegfried Lenz a trouvé un ton posé, simple, presque froid. Il tisse progressivement une toile narrative discrète qui nous enveloppe, petit à petit, jusqu’au dénouement final, sans pathos, mais avec un sens de l’épure dont on dit, en art, qu’il ne vient qu’avec l’expérience !


Michel Sender.


[1] Une minute de silence (Schweigeminute, Hoffmann und Campe, Hambourg, 2008) de Siegfried Lenz, traduit de l’allemand par Odile Demange, collection « Pavillons » dirigée par Maggie Doyle et Jean-Claude Zylberstein, éditions Robert Laffont, Paris, mars 2009 ; 132 p., 16 euros.
www.laffont.fr

 

 

 

[*] La Leçon d’allemand (Deutschstunde, Hoffmann und Campe, Hambourg, 1968) de Siegfried Lenz, traduit par Bernard Kreiss (première parution : 1971), est réédité dans la collection « Pavillons poche », éditions Robert Laffont, Paris, mars 2009 ; 588 p., 10,90 euros.


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