Florence Aubenas grande reporter

Publié le par SENDER




Dans une collection que je ne connaissais pas (« Les Petites Conférences », dirigée par Gilberte Tsaï du Centre dramatique national de Montreuil), les éditions Bayard viennent de publier un livre de Florence Aubenas, Grand Reporter [1], reprenant son intervention puis les questions du public et ses réponses, enregistrées à Montreuil lors de sa « petite conférence » du 27 septembre 2008.

Cela donne un petit livre très agréable à lire (les intervenants doivent s’adresser à des enfants sans simplifications outrancières) et Florence Aubenas, surtout, se prête à l’exercice avec une extrême franchise, parle de son métier de journaliste avec beaucoup de simplicité et d’humour : « Les reporters sont les champions du monde en annulation d’anniversaire au dernier moment, les éternels absents aux fêtes de Noël, ceux à qui l’on reproche toujours de ne pas pouvoir compter sur eux”. J’en ai pris mon parti et je le revendique. »

Elle évoque aussi sans mélo son enlèvement en Irak et ça fait froid dans le dos : « Deux types nous braquent avec des revolvers. Je me retourne immédiatement vers un des gardes de l’université, assis sur une chaise juste derrière nous avec sa kalachnikov. Il est si près que nos regards se croisent. Je lui fais signe que nous sommes en mauvaise posture, que nous avons besoin de lui. Le type reste assis. Il me fixe droit dans les yeux et écarte lentement les bras, comme un signe d’impuissance désolée. À ce moment-là, j’ai eu vraiment l’impression d’avoir traversé le miroir. »

En fait, dans Grand Reporter, Florence Aubenas veut démythifier son métier (« On me demande régulièrement si je rencontre souvent des vedettes, des hommes politiques. La réponse est non. Ce que j’aime, c’est cette humanité nue, ces gens ordinaires tout à coup confrontés à l’extraordinaire, emportés malgré eux dans la tempête et qui n’auront jamais de statue »), ce qui est toujours salutaire, mais en même temps elle se livre à une véritable profession de foi personnelle : « Je vis mon métier comme un engagement, il fait partie intégrante de ce que je suis », tout en reconnaissant aussi que « c’est un métier compliqué, qui n’évolue pas très bien en France de mon point de vue ».

On comprend que Florence Aubenas reste telle qu’en elle-même et que lors de sa conférence de presse de retour d’Irak ; elle revendique en quelque sorte un journalisme de « proximité » et se refuse à tout vedettariat. Oui, elle est vraiment très bien, Florence !

Michel Sender.

[1] Grand Reporter (Petite conférence sur le journalisme) de Florence Aubenas, collection « Les Petites Conférences », éditions Bayard, Montrouge, mai 2009 ; 80 pages, 12 euros.

Voir www.nouveau-theatre-montreuil.com et www.petitesconferences.com

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