La quête du (saint) Graal

Publié le par SENDER

 

 

COMMENCEMENT DE LA QUÊTE

À la veille de la Pentecôte, vers l’heure de nône, les compagnons de la Table Ronde qui venaient d’arriver à Camaalot se mettaient à table, après avoir assisté à l’office, quand une très belle Demoiselle entra à cheval dans la salle. Et on voyait qu’elle était venue à grande allure, car son cheval était tout couvert de sueur...

Je me demandais depuis quelque temps pourquoi on se remettait à parler du Graal (est-ce que c’est au programme des élèves ou des universités ?) et j’ai finalement compris que l’album 2009 de La Pléiade est consacré au Graal et qu’un tome nouveau du Livre du Graal (comprenant La Quête du Graal) paraît dans cette collection. Or les différentes versions de ce mythe sont un vrai casse-tête pour les profanes.

J’ai en effet cédé à la tentation en commandant sans l’avoir consulté (par l’intermédiaire du Grand Livre du Mois) le volume La Quête du Graal [1] dans la traduction d’Albert Béguin et Yves Bonnefoy, qui vient de sortir au Seuil. Et j’ai reçu un livre compact relié-toilé petit format avec certes des reproductions en couleurs d’enluminures (du manuscrit 343 de la BNF) et le texte, mais sans aucune explication ni commentaire, ce qui fait que, pour une fois (je raisonne rarement ainsi), je trouve le rapport qualité/prix pas très bon !

Car l’appellation La Quête du Graal recoupe en fait, parmi de multiples versions, La Queste del saint Graal, roman du xiiie siècle, dont, en 1923, le grand médiéviste français Albert Pauphilet (1884-1948), après sa propre traduction, a donné une édition scientifique chez Honoré Champion à Paris. (« Cette œuvre ne représente, en taille, que le huitième du Lancelot », précise par exemple Martin Aurell dans La Légende du Roi Arthur, 550-1250, Perrin, 2007. Et il ajoute : « Les premiers critiques de la Quête – Albert Pauphilet, Étienne Gilson et Fanni Bogdanow – ont deviné entre ses lignes l’esprit cistercien et la théologie de Bernard de Clairvaux... »)

Et c’est sur la base de l’édition d’Albert Pauphilet qu’Albert Béguin (1901-1957) – grand critique suisse qui succédera en 1950 à Emmanuel Mounier à la direction de la revue Esprit –, en 1945, donnera chez Egloff, à Genève, sa propre traduction de La Quête du Graal.

Après sa mort, en 1958, le Club du Meilleur Livre publiera de nouveau l’ouvrage avec la participation (je ne sais pas dans quelle proportion) de Claude Bonnefoy, le poète français que l’on connaît, et c’est cette édition qui a été reprise en 1965 dans la collection de poche « Livre de vie » (« Les meilleurs livres de la vie chrétienne » disait la présentation de cette collection) des éditions du Seuil, que nous ressert, aujourd’hui, Le Seuil/La Martinière 2009 !

Ainsi, même si elle reprend des épisodes de Galaad, Perceval, Lancelot ou Bohort, cette Quête du Graal n’est pas un roman d’aventures mais, il faut le savoir, un traité religieux !

Michel Sender.

[1] La Quête du Graal, traduction d’Albert Béguin et Claude Bonnefoy, éditions du Seuil, Paris, avril 2009 ; 352 p., 28 euros.

 

Publié dans Littérature

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tipanda 14/06/2009 23:53

Il faut, de toute façon, relire Chrétien de Troyes, dans le texte pour les puristes ou en traduction pour la commodité. Une fois qu'on s'est bien imprégné de la geste arthurienne et de l'ambiance qui la baigne, on comprend mieux la singularité de cette quête du Graal. On y retrouve des points communs à tous les rites initiatiques depuis le fin fond des temps néolithiques mais englobés dans un syncrétisme chrétien d'une poésie troublante.